Ô cruel désespoir, cruel et long martyre !
Le mois de mai revient, tout sourit au dehors
Et n’avoir désormais à rendre sur ma lyre
                 Que de tristes accords !

Sentir qu’un jeune sang circule dans mes veines,
Que mon cœur n’est pas mort puisqu’il veut s’épancher
Et nourrir un amour plein d’illusions vaines,
                 Sans pouvoir l’arracher !

Comprendre le bonheur et d’un regard avide
Contempler les heureux qui passent près de moi
Et n’importe où je vais trouver ce même vide
                 Qui me remplit d’effroi !

Seul, partout et toujours, abandonné du monde,
Sans qu’il vienne jamais un sourire, un baiser
Étouffer dans mon cœur la tempête qui gronde
                 Ou du moins l’apaiser !

Mon front devient brûlant, la sueur en ruisselle,
Le poser sur la pierre un moment fait du bien ;
S’il pouvait se briser, que je ne me rappelle
                 À l’avenir de rien !