Un jour, quand vous aurez connu de cette vie 
Et les tendres désirs et l’âpre volupté, 
Quand vous saurez le deuil dont la joie est suivie, 
Vous verrez, mon ami, que tout est vanité. 

Pour moi, comme un ermite en son bois solitaire 
Repentant du bonheur d’un jour sans lendemain, 
Le monde autour de moi peut s’ébattre ou se taire : 
Je ne détourne plus la tête en mon chemin. 

Et mon glas peut sonner. Je n’ai maudit personne 
Pour les regrets sans fin dont j’ai souffert tout bas : 
Dieu me rende en pitié le pardon que je donne 
De ces coups dans le cœur dont on ne guérit pas ! 

Comme vous, j’ai rêvé que la vie était belle, 
Aux jours où je croyais encore à l’avenir… 
Mais qu’on me couche au moins, là-bas, tout auprès d’elle 
Pour vivre ce n’est pas assez d’un souvenir.