[Courses des Pictes]

Les Bretons du nord, qui n’avaient pu être domptés par les Romains, faisaient de temps en temps des courses sur eux et sur les autres Bretons ; l’empereur Hadrien gagna quelques batailles contre ces barbares, et pour réprimer leurs courses fit faire un rempart de gazon de quatre-vingt mille pas de longueur tout au travers de l’île. Sévère en fit un autre flanqué de tours, avec un large fossé au devant, environ soixante ans après. Cela n’empêcha pas que les Pictes sous Constant, et les Scots sous le troisième consulat de Julien, ne vinssent ravager les pays soumis aux Romains.    [Spartien, Xifilin, Dion, Hérodien, Bède, Orose

[Courses des Scots]

Les Pictes, selon quelques auteurs, étaient des Scythes, lesquels ayant d’abord été jetés par la tempête sur les côtes de l’Hibernie, avaient été envoyés par les Scots s’établir dans le nord de la Bretagne insulaire ; et d’autres prétendent que les Pictes n’étaient que les Bretons barbares de l’île même, qui continuaient d’aller nus et de se peindre la peau. Les Scots étaient une colonie des anciens habitants de l’Hibernie, qui s’étaient établis dans le nord de l’île de Bretagne.    [Bède

Maxime trouva moyen de brouiller ces deux peuples ensemble, et aida aux Pictes à battre les Scots, qui furent tous exterminés ou chassés et renvoyés dans l’Hibernie, dont Maxime aurait tenté la conquête s’il n’eût été appelé ailleurs par son ambition. Les Romains, profitant dans la suite de la faiblesse où Maxime avait réduit les Pictes en les désunissant d’avec les Scots, voulurent les traiter en esclaves. Les Pictes ouvrirent les yeux sur la faute qu’ils avaient faite, et rappelèrent les Scots.

[an 402] Stilicon, pour conserver la Bretagne contre ces deux peuples réunis, envoya une légion sur les frontières ; mais cette légion ayant été retirée l’an 402 pour opposer à Alaric, la Bretagne romaine demeura exposée plus que jamais aux fréquentes incursions de ses anciens ennemis qui la désolèrent entièrement. [Paul Orose, Zozime I 6] Les Bretons se voyant abandonnés par Stilicon, se donnèrent eux-mêmes des chefs ; mais ne trouvant pas plus de ressource dans les tyrans que dans les empereurs, ils s’érigèrent en république. Honorius fut contraint d’approuver leur résolution, et se contenta de les regarder comme alliés.    [Claudien 2 de laud. Stilic. Epithal. Palladii

[an 422] Ce changement ne rendit pas les Bretons plus redoutables aux Pictes et aux Scots ; au contraire ils firent de plus cruels ravages que jamais, et Honorius, après être venu à bout de ses ennemis, ne put refuser aux instantes prières des Bretons de leur envoyer du secours en 422. Valentinien leur en envoya encore quelques années après. Mais les légions romaines n’étaient pas plutôt sorties de l’île, que les Pictes et les Scots recommençaient à la ravager. [an 429] Saint Germain évêque d’Auxerre et Saint Loup, envoyés dans l’île en 429 par les évêques des Gaules pour y exterminer l’hérésie pélagienne qu’Agricola fils d’un évêque de cette secte y avait répandue, firent remporter aux Bretons une insigne victoire sur les Barbares, épouvantés par le redoublement des Alleluia que ces deux évêques donnèrent aux Bretons pour cri de bataille ; et la victoire ne coûta pas aux vainqueurs une seule goutte de sang.    [Gild. de excid. Paul Diac. Contin. Europ. I 14 Sabellicus Blondus | Constantius vita S. Germ. I 2 c. 28]

[an 446] Les Pictes et les Scots, continuant toujours leurs ravages, nonobstant cette défaite, les Bretons demandèrent du secours au général Aetius, et lui firent savoir en ces termes l’état où ils se trouvaient : le gémissement des Bretons à Aetius consul pour la troisième fois. Les Barbares nous poussent vers la mer, la mer nous renvoie vers les Barbares. Si nous voulons éviter d’être égorgés, nous sommes engloutis des flots ; et pour ne pas périr dans les abîmes, nous tombons entre les mains de nos cruels ennemis. Enfin nous trouvons la mort, de quelque côté que nous nous tournions. Aetius, tout zélé qu’il était pour la gloire et la conservation de l’Empire, ne répondit à cette lettre si touchante que par des protestations qu’il était dans l’impuissance d’envoyer le secours qu’on lui demandait.    [Gild.] 

La dernière légion qui avait été dans l’île, avant que de dire adieu aux Bretons pour toujours, avait fait construire, au lieu du rempart de gazon qui servait de retranchement contre les Barbares, un mur de pierre, haut de douze pieds et large de huit, qui traversait l’île d’un côté à l’autre, au même endroit que Sévère avait autrefois fortifié. Ce mur avait déjà été forcé par les Barbares et démoli, quand les Bretons s’adressèrent inutilement aux Romains pour avoir du secours. La stérilité qui affligeait alors toute la terre, se fit sentir plus vivement dans l’île de Bretagne qu’ailleurs, à cause des incursions des Barbares. Ce nouveau surcroît de malheur fut une espèce de ressource pour les Bretons ; le désespoir les anima, et ils prirent pour quelque temps le dessus.