[Origine des Bretons]

Ces Bretons de l’île que l’on appelle maintenant l’Angleterre, étaient Celtes d’origine, comme on en conviendra quand on fera réflexion à ce que dit César : que ceux d’entre les Gaulois qui voulaient s’instruire à fond de la religion des Druides passaient dans l’île de Bretagne. Il s’ensuit de là que les Gaulois et les Bretons avaient même langue et même religion, et par conséquent même origine. Il n’est pas croyable que l’île ait peuplé le continent ; il reste que c’est le continent qui a peuplé l’île, et que les Bretons étaient venus de la Celtique. Cette langue commune aux Celtes et aux Bretons insulaires est la même qui se parle encore aujourd’hui dans la Basse-Bretagne, et qui fait que les Bretons n’ont pas besoin d’interprète pour entendre ceux du Pays de Galles, qui descendent de ceux d’entre les anciens Bretons que les Saxons ne purent chasser ; ce qui prouve évidemment que la langue bretonne est l’ancienne langue des Celtes.

Les Bretons, quand César entreprit de conquérir l’île de Bretagne, étaient divisés en différents peuples, dont chacun avait son chef particulier. Ils allaient nus, pour la plupart, et se peignaient des figures différentes sur la peau ; d’où vient le nom de Bretagne, brit en breton signifiant peint, et iniz, île ; et de Brit-inis, île des hommes peints, les Romains ont fait Britannia, et nous Bretagne. [an 120] Les villes des Bretons, comme celle des sauvages que l’on a depuis découverts dans l’Amérique, n’étaient fermées que de troncs d’arbres et de palissades, et les maisons n’étaient pas apparemment bâties d’autres matériaux. Les deux sexes étaient également admis au gouvernement, quand l’ordre de la succession le demandait. Mais quoique les diverses contrées fussent indépendantes les unes des autres, et eussent leurs souverains particuliers, cependant lorsqu’il était question du bien commun de la nation en général, et qu’il fallait défendre le pays de l’invasion, tous les peuples se réunissaient, et choisissaient pour commander leurs troupes celui de tous leurs rois qu’ils en jugeaient le plus capable.    [Pr. col. 5.6.7.

[Les Bretons de l’île domptés par César]

Ce fut ainsi qu’ils en usèrent quand César se présenta pour conquérir leur île. Il la reconnut plutôt qu’il ne la conquit, et ne demeura maître que d’une petit partie de la Bretagne. Ses successeurs, à la faveur des divisions du pays, y accrurent peu à peu leur domination, et enfin toute l’île, à la réserve de ce que l’on appelle présentement l’Ecosse, baissa la tête sous le joug.

[Établissement de la religion parmi ces Bretons]

La foi chrétienne fut reçue dans l’île sous l’empereur Commode, selon Bède, qui paraît mieux instruit de ces matières que Gildas le Sage, qui prétend qu’elle y fut reçue dès le temps de l’empereur Tibère.    [Pr. col. 7 et ss.