XXXII

Rumm
A bep seurt
Yezh
Galleg
Orin
Pariz, Eugène Renduel, 1834
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Je voyais un hêtre monter à une prodigieuse hauteur. Du sommet presque jusqu’au bas, il étalait d’énormes branches, qui couvraient la terre à l’entour, de sorte qu’elle était nue ; il n’y venait pas un seul brin d’herbe. Du pied du géant partait un chêne qui, après s’être élevé de quelques pieds, se courbait, se tordait, puis s’étendait horizontalement, puis se relevait encore et se tordait de nouveau ; et enfin, on l’apercevait allongeant sa tête maigre et dépouillée sous les branches vigoureuses du hêtre, pour chercher un peu d’air et un peu de lumière.

Et je pensai en moi-même : voilà comme les petits croissent à l’ombre des grands.

Qui se rassemble autour des puissants du monde ? Qui approche d’eux ? ce n’est pas le pauvre ; on le chasse : sa vue souillerait leurs regards. On l’éloigné avec soin de leur présence et de leurs palais ; on ne le laisse pas même traverser leurs jardins ouverts à tous, hormis à lui, parce que son corps usé de travail est recouvert des vêtements de l’indigence.

Qui donc se rassemble autour des puissants du monde ? les riches et les flatteurs qui veulent le devenir, les femmes perdues, les ministres infâmes de leurs plaisirs secrets, les baladins, les fous qui distraient leur conscience, et les faux prophètes qui la trompent.

Qui encore ? les hommes de violence et de ruse, les agents d’oppression, les durs exacteurs, tous ceux qui disent : Livrez-nous le peuple, et nous ferons couler son or dans vos coffres et sa graisse dans vos veines.

Là où gît le corps, les aigles s’assembleront.

Les petits oiseaux font leur nid dans l’herbe, et les oiseaux de proie sur les arbres élevés.