XXII

Genre
Divers
Langue
Français
Source
Paris, Eugène Renduel, 1834
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Comprenez bien comment on se rend libre.

Pour être libre, il faut avant tout aimer Dieu, car si vous aimez Dieu, vous ferez sa volonté ; et la volonté de Dieu est la justice et la charité, sans lesquelles point de liberté.

Lorsque, par violence ou par ruse, on prend ce qui est à autrui ; lorsqu’on l’attaque dans sa personne ; lorsqu’on chose licite on l’empêche d’agir comme il veut, ou qu’on le force d’agir comme il ne veut pas ; lorsqu’on viole son droit d’une manière quelconque, qu’est-ce que cela ? Une injustice. C’est donc l’injustice qui détruit la liberté.

Si chacun n’aimait que soi et ne songeait qu’à soi, sans venir au secours des autres, le pauvre serait obligé souvent de dérober ce qui est à autrui, pour vivre et faire vivre les siens, le faible serait opprimé par un plus fort, et celui-ci par un autre encore plus fort ; l’injustice régnerait partout. C’est donc la charité qui conserve la liberté.

Aimez Dieu plus que toutes choses, et le prochain comme vous-même, et la servitude disparaîtra de la terre.

Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront tout en œuvre pour la prolonger. Ils emploieront pour cela le mensonge et la force.

Ils diront que la domination arbitraire de quelques-uns et l’esclavage de tous les autres est l’ordre établi de Dieu ; et pour conserver leur tyrannie, ils ne craindront point de blasphémer la Providence.

Répondez-leur que leur Dieu à eux est Satan, l’ennemi de la race humaine, et que le vôtre est celui qui a vaincu Satan.

Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites ; ils feront bâtir des prisons sans nombre pour vous y enfermer ; ils vous poursuivront avec le fer et le feu, ils vous tourmenteront et répandront votre sang comme l’eau des fontaines.

Si donc vous n’êtes pas résolus à combattre sans relâche, à tout supporter sans fléchir, à ne jamais vous lasser, à ne céder jamais, gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n’êtes pas dignes.

La liberté est comme le royaume de Dieu ; elle souffre violence, et les violents la ravissent.

Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté, n’est pas la violence féroce des voleurs et des brigands, l’injustice, la vengeance, la cruauté ; mais une volonté forte, inflexible, un courage calme et généreux.

La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable, quand on emploie le crime pour la soutenir. D’esclave l’homme de crime peut devenir tyran, mais jamais il ne devient libre.