IX

Rumm
A bep seurt
Yezh
Galleg
Orin
Pariz, Eugène Renduel, 1834
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Vous êtes dans ce monde comme des étrangers.

Allez au Nord et au Midi, à l’Orient et à l’Occident, en quelque endroit que vous vous arrêtiez, vous trouverez un homme qui vous en chassera, en disant : Ce champ est à moi.

Et après avoir parcouru tous les pays, vous reviendrez, sachant qu’il n’y a nulle part un pauvre petit coin de terre où votre femme en travail puisse enfanter son premier-né, où vous puissiez reposer après votre labeur, où, arrivé au dernier terme, vos enfants puissent enfouir vos os, comme dans un lieu qui soit à vous.

C’est là, certes, une grande misère.

Et pourtant, vous ne devez pas vous trop affliger, car il est écrit de celui qui a sauvé la race humaine : Le renard a sa tanière, les oiseaux du ciel ont leur nid, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.

Or, il s’est fait pauvre pour vous apprendre à supporter la pauvreté.

Ce n’est pas que la pauvreté vienne de Dieu, mais elle est une suite de la corruption et des mauvaises convoitises des hommes, et c’est pourquoi il y aura toujours des pauvres.

La pauvreté est fille du péché, dont le germe est en chaque homme, et de la servitude, dont le germe est en chaque société.

Il y aura toujours des pauvres, parce que l’homme ne détruira jamais le péché en soi.

Il y aura toujours moins de pauvres, parce que peu à peu la servitude disparaîtra de la société.

Voulez-vous travailler à détruire la pauvreté, travaillez à détruire le péché, en vous premièrement, puis dans les autres, et la servitude dans la société.

Ce n’est pas en prenant ce qui est à autrui qu’on peut détruire la pauvreté ; car comment, en faisant des pauvres, diminuerait-on le nombre des pauvres ?

Chacun a droit de conserver ce qu’il a, sans quoi personne ne posséderait rien.

Mais chacun a droit d’acquérir par son travail ce qu’il n’a pas, sans quoi la pauvreté serait éternelle.

Affranchissez donc votre travail, affranchissez vos bras, et la pauvreté ne sera plus parmi les hommes qu’une exception permise de Dieu, pour leur rappeler l’infirmité de leur nature et le secours mutuel et l’amour qu’ils se doivent les uns aux autres.