XXXV

Genre
Various
Language
French
Source
Paris, Eugène Renduel, 1834
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

Si les oppresseurs des nations étaient abandonnés à eux-mêmes, sans appui, sans secours étranger, que pourraient-ils contre elles ?

Si, pour les tenir en servitude, ils n’avaient d’aide que l’aide de ceux à qui la servitude profite, que serait-ce que ce petit nombre contre des peuples entiers ?

Et c’est la sagesse de Dieu qui a ainsi disposé les choses, afin que les hommes puissent toujours résister à la tyrannie ; et la tyrannie serait impossible, si les hommes comprenaient la sagesse de Dieu.

Mais ayant tourné leur cœur à d’autres pensées, les dominateurs du monde ont opposé à la sagesse de Dieu, que les hommes ne comprenaient plus, la sagesse du prince de ce monde, de Satan.

Or Satan, qui est le roi des oppresseurs des nations, leur suggéra, pour affermir leur tyrannie, une ruse infernale.

Il leur dit : Voici ce qu’il faut faire. Prenez dans chaque famille les jeunes gens les plus robustes, et donnez-leur des armes, et exercez-les à les manier, et ils combattront pour vous contre leurs pères et leurs frères ; car je leur persuaderai que c’est une action glorieuse.

Je leur ferai deux idoles, qui s’appelleront Honneur et Fidélité, et une loi qui s’appellera Obéissance passive.

Et ils adoreront ces idoles, et ils se soumettront à cette loi aveuglément, parce que je séduirai leur esprit, et vous n’aurez plus rien à craindre.

Et les oppresseurs des nations firent ce que Satan leur avait dit, et Satan aussi accomplit ce qu’il avait promis aux oppresseurs des nations.

Et l’on vit les enfants du peuple lever le bras contre le peuple, égorger leurs frères, enchaîner leurs pères, et oublier jusqu’aux entrailles qui les avaient portées.

Quand on leur disait : Au nom de tout ce qui est sacré, pensez à l’injustice, à l’atrocité de ce qu’on vous ordonne, ils répondaient : Nous ne pensons point, nous obéissons.

Et quand on leur disait : N’y a-t-il plus en vous aucun amour pour vos pères, vos mères, vos frères et vos sœurs ? ils répondaient : Nous n’aimons point, nous obéissons.

Et quand on leur montrait les autels du Dieu qui a créé l’homme et du Christ qui l’a sauvé, ils s’écriaient : Ce sont là les Dieux de la patrie ; nos Dieux, à nous, sont les Dieux de ses maîtres, la Fidélité et l’Honneur.

Je vous le dis en vérité, depuis la séduction de la première femme par le Serpent, il n’y a point eu de séduction plus effrayante que celle-là.

Mais elle touche à sa fin. Lorsque l’esprit mauvais fascine des âmes droites, ce n’est que pour un temps. Elles passent comme à travers un rêve affreux, et au réveil elles bénissent Dieu, qui les a délivrées de ce tourment.

Encore quelques jours, et ceux qui combattaient pour les oppresseurs combattront pour les opprimés ; ceux qui combattaient pour retenir dans les fers leurs pères, leurs mères, leurs frères et leurs sœurs, combattront pour les affranchir.

Et Satan fuira dans ses cavernes avec les dominateurs des nations.