XIX

Genre
Various
Language
French
Source
Paris, Eugène Renduel, 1834
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

Vous n’avez qu’un père, qui est Dieu, et qu’un maître, qui est le Christ.

Quand donc on vous dira de ceux qui possèdent sur la terre une grande puissance : Voilà vos maîtres, ne le croyez point. S’ils sont justes, ce sont vos serviteurs ; s’ils ne le sont pas, ce sont vos tyrans.

Tous naissent égaux : nul, en venant au monde, n’apporte avec lui le droit de commander.

J’ai vu dans un berceau un enfant criant et bavant et autour de lui étaient des vieillards qui lui disaient : Seigneur, et qui, s’agenouillant, l’adoraient. Et j’ai compris toute la misère de l’homme.

C’est le péché qui a fait les princes ; parce qu’au lieu de s’aimer et de s’aider comme des frères, les hommes ont commencé à se nuire les uns aux autres.

Alors parmi eux ils en choisirent un ou plusieurs, qu’ils croyaient les plus justes, afin de protéger les bons contre les méchants, et que le faible pût vivre en paix.

Et le pouvoir qu’ils exerçaient étoit un pouvoir légitime, car c’était le pouvoir de Dieu qui veut que la justice règne, et le pouvoir du peuple qui les avoit élus,

Et c’est pourquoi chacun étoit tenu en conscience de leur obéir.

Mais il s’en trouva aussi bientôt qui voulurent régner par eux-mêmes, comme s’ils eussent été d’une nature plus élevée que celle de leurs frères.

Et le pouvoir de ceux-ci n’est pas légitime, car c’est le pouvoir de Satan, et leur domination est celle de l’orgueil et de la convoitise.

Et c’est pourquoi, lorsqu’on n’a pas à craindre qu’il en résulte plus de mal, chacun peut et quelquefois doit en conscience leur résister.

Dans la balance du droit éternel, votre volonté pèse plus que la volonté des rois ; car ce sont les peuples qui font les rois ; et les rois sont faits pour les peuples, et les peuples ne sont pas faits pour les rois.

Le Père céleste n’a point formé les membres de ses enfants pour qu’ils fussent brisés par des fers, ni leur âme pour qu’elle fût meurtrie par la servitude.

Il les a unis en familles, et toutes les familles sont sœurs ; il les a unis en nations, et toutes les nations sont sœurs ; et quiconque sépare les familles des familles, les nations des nations, divise ce que Dieu a uni : il fait l’œuvre de Satan.

Et ce qui unit les familles aux familles, les nations aux nations, c’est premièrement la loi de Dieu, la loi de justice et de charité, et ensuite la loi de Liberté, qui est aussi la loi de Dieu.

Car sans la liberté, quelle union existerait-il entre les hommes ? Ils seront unis comme le cheval est uni à celui qui le monte, comme le fouet du maître à la peau de l’esclave.

Si donc quelqu’un vient et dit : Vous êtes à moi ; répondez : Non ; nous sommes à Dieu, qui est notre père, et au Christ, qui est notre seul maître.