Afin qu’il sente autrui plaie première

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Krennc’halleg
Orin
Naoned, Étienne Larcher, 1493
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Ou tôt faudront* terre, soleil et lune,    [manqueront, cf. il me faut = il me manque] 
Biens de grâce, de nature et fortune,
Et tout ce qu’est en essence produite,
Ou les tyrans qui sans raison aucune
Pillent les biens de la chose commune*    [du latin res publica, la République désigne l’Etat] 
Dont par après n’en est rien mieux conduit
Seront punis de tres griève pointure*.    [de tès douloureux dommage] 
L’abus est grand en la loi de nature
Quand le seigneur par mauvaise manière
Sur ses sujets prend excessive paye.
Dieu le paiera en pareille monnaie
Afin qu’il sente autrui plaie première.

C’est cruauté des plus piteuses, l’une
Qui jamais fut, si par voie importune
Le commun est par le prince détruit,
Duquel il a blé, vin, rentes, pécune,
Service, honneur, et sans lui* faut jeüne.    [lui renvoie au commun] 
Car il n’est pas au labourage duit*,    [porté au] 
En le perdant il perd sa nourriture
Et si se met en damnable aventure,
Car bien souvent à la fin derrenière*    [dernière] 
Trompé se voit quand à tromper essaye,
Et justement raison ainsi le paye
Afin qu’il sente autrui plaie première.

Jeune conseil et celée* rancune,    [cachée] 
Propre profit en province plus d’une*    [en plus d’une province] 
Ont autrefois porté dommageux fruit,
Et de ceci ne sais* raison nesune*    [je ne connais aucune raison] 
Fors* que Dieu veut non pas saison chacune    [si ce n’est que] 
Découvrir ce qui es cœurs ard et bruit*.     [ce qui brûle et fait du bruit dans les cœurs] 
Ainsi advient que mieux qu’en portraiture
Des cas secrets conduits par voie obscure
A-t-on souvent connaissance pleinière
Dont le mauvais en l’épineuse haie
Qu’il a bâti trébuche et là se plaie*    [se blesse] 
Afin qu’il sente autrui plaie première.

    Georges

Prince lettré entendant l’écriture
Qui fait fait contraire à honneur et droiture,
Dont il doit être exemplaire et lumière
Bien loist* que Dieu du même se repaye    [il est bien permis] 
Et qu’autre après lui fasse grief et plaie
Afin qu’il sente autrui plaie première.