Je l’aimais — oh ! c’était de cet amour d’enfant 
Qu’on peut montrer sans crainte et que rien ne défend 
     À l’âme triste et combattue. 
Ce n’était que délice et suave douceur ; 
Ce n’était pas l’amour qui dévore le cœur, 
     Ce n’était pas l’amour qui tue. 

Je l’aimais — Son regard suivait partout mes yeux, 
Et je quittais la foule, et la terre et les cieux 
     M’environnaient de son image : 
Le nuage en ses plis, l’onde en son pur miroir 
Cachaient ma bien-aimée et les anges du soir 
     La balançaient dans le feuillage. 

Hélas ! je ne suis plus ce que j’étais alors, 
Et de ces doux élans, de ces divins transports 
     Qui changeaient ma vie en extase, 
Il ne m’est demeuré qu’un souvenir au cœur ; 
Comme un dernier parfum, comme un reste d’odeur 
     Qui s’attache aux parois du vase.