Malheur ! la terre est vide et n’a plus de prophète 
Malheur ! elle n’a plus de voix forte qui jette 
     L’anathème aux ailes de feu, 
Le sol ne reçoit plus la divine semence, 
Et cependant voyez ! la foule recommence 
     À crucifier l’Homme-Dieu ! 

Temple et vertu, tout meurt. Ah ! dans nos jours de crise, 
Que n’ai-je un des rayons qui couronnaient Moise 
     Quand Jéhovah le vint chercher ! 
Que ne l’ai-je surtout cette verge féconde 
Qui creusait jusqu’au marbre et fit bouillonner l’onde 
     Dans les entrailles du rocher ! 

Ah ! j’irais comme lui t’interroger en face, 
Ô siècle dont le cœur est de bronze ou de glace ; 
     J’irais me dresser devant toi, 
Calme et seul, et du bout de ma baguette austère 
Je frapperais ton sein comme il frappait la lierre, 
     Et j’en ferais jaillir la foi !