Il était là, debout, l’œil tristement baissé ; 
Quelques mots s’échappaient de son cœur oppressé ; 
Et, comme pour mieux dire où débordait sa peine, 
Près de ce cœur souffrant sa main serrait la mienne ; 
Et moi, qu’un rêve amer a flétri pour longtemps, 
J’aurais voulu sourire au moins quelques instants ; 
J’aurais voulu, pour lui, rapprendre le courage, 
Cette angoisse de cœur est si triste à son âge !... 
Il est si jeune... et puis, qui n’eût souffert à voir 
Une âme de quinze ans abjurer tout espoir, 
Se plaindre que la vie a de sombres journées, 
Et pour languir d’effroi devancer les années ? 
Je contemplais ce front où pesait la douleur, 
Et m’inclinant aussi, je disais : « Pauvre fleur, 
Faut-il d’un vent de mort te voir sitôt battue !... 
Eh quoi ! peut-on céder si jeune au mal qui tue ! 
Ah ! quels que soient tes pleurs, résiste encore, attends 
Que des soleils plus beaux redorent tes printemps. 
Je sais que dans ce monde, où l’ennui nous réclame, 
Les précoces douleurs agrandissent une âme ; 
Mais qu’importe ?... Faut-il acheter par la mort 
Ces élans d’un cœur pur, sombres comme un remord ? 
C’est un fardeau bien lourd qu’une pensée austère ; 
Mieux vaut traîner sa vie au niveau de la terre. » 
Et je repris sa main, puis élevant la voix : 
« Pourquoi livrer ton âme au trouble où je te vois, 
Enfant ? hier encor j’ai vu pleurer ta mère : 
Tu souffres, et tu dis que la vie est amère, 
Et dans ce monde immense où tout paraît si beau, 
Toi, nouveau-né d’hier, tu n’as vu qu’un tombeau, 
L’avenir !... qu’a-t-il donc ce mot qui t’épouvante ?... 
Ah ! s’il faut pour ton âme indomptable et vivante 
Un espace à tenter, des lieux à parcourir, 
Regarde au ciel, c’est lui qui va te les offrir. 
Dis-moi : n’as-tu jamais, dans ces astres de flamme, 
Placé des jours futurs, tel qu’il en faut à l’âme ? 
Dans les profondes nuits, comme au pied de l’autel, 
N’as-tu pas entrevu ce rayon immortel 
Qui doit te ceindre un jour ! et puis le soir, quand l’ombre 
Jette sur l’horizon ses prodiges sans nombre, 
Ce grand ciel n a-t-il pu, dans toute sa hauteur, 
Répondre à l’infini qui se meut dans ton cœur ?... 
Ah ! de quelque dégoût que ton âme s’enivre, 
Regarde la nature, alors tu sauras vivre. » — 

Et je disais ; et lui, précipitant sa main 
Sur un livre entr’ouvert arraché de son sein, 
Il me montra du doigt cette page où moi-même 
Je saluais la mort comme un bienfait suprême ; 
Et moi, laissant tomber sa main sur mes genoux, 
Je détournai la tête, et je pleurai sur nous.