Noëls de mendiants

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1922
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

D’après divers noëls populaires bretons recueillis par La Villemarqué, N. Quellien, etc., et en usage principalement chez les petits quêteurs ambulants de la « part à Dieu. »

A Léon Durocher

Salut et joie à ceux d’ici !
Congédiez votre souci,
Maîtres, serviteurs et servantes.
Femmes, c’est assez de travaux ;
Pendez au mur les écheveaux
De laine et de chanvre nouveaux ;
Arrêtez-vous, ô mains savantes.

Jésus est né ! Jésus est né !
O jour à jamais fortuné !
Chrétiens, en ce jour délectable,
Est-il quelqu’un, prince ou manant,
Qui ne tressaille en apprenant
Que l’Homme-Dieu, minuit sonnant,
Est descendu dans une étable ?

Nous sommes pauvres comme lui ;
Mais sur nous son étoile a lui,
Si douce qu’il n’en faut plus d’autres.
Nos houseaux sont tout décousus.
Ah ! Que de maux nous avons eus !
Mais c’est parmi nous que Jésus
Elira demain ses apôtres.

Chrétiens de l’Arvor, bonnes gens,
Il faut aider les indigents.
Nous ne demandons pas grand’chose :
Un peu de viande, un peu de pain,
Trois noyaux avec un pépin
Et, pour fleurir notre aubépin.
Un bout de ruban vert ou rose.

Jésus en échange, chrétiens,
Vous accordera pour soutiens
Trois garçons à mine prospère ;
L’un sera pape et l’autre roi,
Et quant au troisième, je croi
Qu’à défaut de galons d’orfroi
Il aura les yeux de son père.