la Nuit des morts

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
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Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Brave homme, la triste bruyère
Retentit de pas fugitifs ;
Sous les larges dolmen de pierre
On entend des soupirs plaintifs.
Écoutez : la hulotte pleure.

Non ; ce sont des morts : voici l’heure
Où tous, réveillés du trépas,
Quittent leur tombeau solitaire.
Cette nuit les morts sous la terre,
Bon voyageur, ne dorment pas.

Brave homme, le vent se déchaîne
Et gémit dans les arbres morts,
Écoutez trembler le vieux chêne,
Comme un homme en proie aux remords ;
Le flot des feuilles sèches roule.

Non ; ce sont des âmes en foule
Qui se pressent dans les chemins ;
Que Monseigneur Jésus leur donne
L’éternel repos : Minuit sonne,
Bon voyageur, joignons les mains.

Brave homme, écoutez : La vallée
Sanglote sous le bruit des eaux ;
La cascade coule gonflée,
La voix lugubre des échos
Double le roulement des ondes.

Non ; ce sont des larmes fécondes
Qui rachètent le Paradis ;
Pleurons aussi, pour voir, des tombes,
S’envoler de blanches colombes ;
Bon voyageur, De Profundis !