Monastères et châteaux

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

DE KEGROARDEZ AU CAP SAINT-MATHIEU

Amis, lequel de vous, quand le soleil décline,
N’a jamais contemplé quelque sombre ruine ?

Pour moi, c’est un bonheur ; j’aime les vieux débris.
Où croissent la bruyère et les ajoncs fleuris.

Et pourquoi pas ? Aimons nos ruines austères,
Restes de châteaux forts ou de saints monastères.

Mon âme, près des murs croulants et démolis,
Rêve aux jours d’autrefois dans l’ombre ensevelis.

Les souvenirs lointains de l’époque passée
Viennent alors, en foule, assaillir ma pensée.

Je crois voir, près de moi, sous les cloîtres branlants,
Passer et repasser les moines, à pas lents.

Je crois entendre encor sous les arceaux gothiques
S’élever vers le ciel un chœur de voix mystiques,

Et dans l’éloignement paisible des grands bois,
Le son du cor, si doux et si triste à la fois.

Je vois fuir le chevreuil bondissant et rapide
Que suit le tourbillon de la meute intrépide.

Et, sur leurs coursiers blancs, les dames aux doux yeux
Laissant pendre à leur toque un plumage soyeux.

Puis les nobles seigneurs chevauchant auprès d’elles,
Les plus braves d’entre eux fiancés aux plus belles.

Jours des siècles passés de nous trop peu connus,
Hommes de ces vieux jours, qu’êtes-vous devenus ?