Mélancolie

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

         À Elle

Oh ! mon âme est en deuil ! ma tristesse est profonde.
Tout ce qui disparaît pour toujours de ce monde,
Reçoit à son départ mes adieux désolés ;
Je regrette la feuille arrachée à l’automne
Et la flamme qui meurt, et l’onde monotone
Qui passe, et nos instants de bonheur envolés !

Enfant, te souviens-tu de ces tièdes soirées
Où, tous les deux assis sur les plages dorées,
Nous écoutions pleurer les vagues de cristal,
A l’heure où le soleil, lassé de nos rivages,
Se couchait, empourprant le bord des grands nuages
Et le clocher lointain du village natal ?

Te souviens-tu des bois penchés sur la montagne,
Et d’où l’on entendait des bruits dans la campagne ;
Chants éloignés d’enfants qui rentraient au manoir,
Roucoulements plaintifs de blanches tourterelles
Sons pieux échappés des massives tourelles,
Où les cloches disaient leurs prières du soir ?

N’as-tu pas oublié non plus, ô ma chérie,
Ces heures qu’absorbait la longue causerie,
Alors que mes secrets étaient aussi les tiens !
N’as-tu pas oublié ces heures bien-aimées,
Où les petits oiseaux, cachés dans les ramées,
Troublaient seuls de leurs chants nos jeunes entretiens ?

Oh ! mon âme est en deuil ! ma tristesse est profonde.
Tout ce qui disparaît pour toujours de ce monde
Reçoit à son départ mes adieux désolés ;
Je regrette la feuille arrachée à l’automne,
Et la flamme qui meurt, et l’onde monotone
Qui passe, et nos instants de bonheur envolés !