Tom

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

                                                  Le chien, c’est la vertu 
          Qui ne pouvant se faire homme, s’est faite bête ; 
          Et Ponto me regarde avec son œil honnête. 
                              Victor Hugo

Le vieux Tom était sourd ; sa vue était usée ;
Sa patte se traînait comme paralysée.
Impotent, presque aveugle et n’entendant plus rien
A la voix de son maître il n’était plus docile ;
Celui-ci, le trouvant désormais inutile,
Résolut d’en finir avec le pauvre chien.

Un jour donc, tous les deux, au lever de l’aurore
Quittèrent la maison où l’on dormait encore.
Quand ils furent perdus dans le fond des grands bois
Le maître s’écarta, puis d’une main tremblante
Déchargea son fusil : l’herbe devint sanglante
Et Tom ferma les yeux pour la dernière fois.

Alors le meurtrier, mécontent de son crime,
Dans un regard d’adieu contempla sa victime
Et s’en revint, pensif, par un autre chemin.
Or, comme il attendait devant la porte close
Il sentit près de lui remuer quelque chose,
Et Tom, presque mourant, vint lui lécher la main.

Soumis et dévoué jusqu’à la dernière heure,
Il venait expirer dans l’ingrate demeure
D’où son maître cruel voulait le retrancher ;
Mais celui-ci resta stupéfait et sans armes,
Et l’on dit qu’il couvrit de baisers et de larmes
Le vieux chien dont l’amour avait su le toucher.

Un sage traitement referma la blessure ;
Tom vécut de longs jours encor, et l’on assure
Que son maître entoura sa vieillesse de soins.

Le chien, sans calculer, nous donne sa tendresse.
Dans la foule d’amis qui près de nous s’empresse
Il n’est jamais celui qui nous aime le moins.

Si l’aveugle fortune un jour nous est funeste,
Tous savent nous quitter : pas un seul ne nous reste ;
Nous les invoquerions en vain à deux genoux ;
Mais le bon chien nous suit et demeure fidèle.
Que la misère vienne, il n’a jamais peur d’elle ;
Il nous aime toujours et meurt auprès de nous.