la Chanson des Grillons

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Quand le soleil d’été scintille,
Quand la diligente faucille
Passe et repasse dans les blés,
Ma voix stridente et monotone
Se mêle à la chanson bretonne
Des moissonneurs aux teints hâlés,

Quand vient la nuit, quant tout s’efface,
Quand la grande nature est lasse,
Je veille seul, je veille encor,
A l’heure où s’allument, sans nombre
Les vers luisants dans l’herbe sombre,
Et dans les cieux les astres d’or.

Au creux d’un sillon, sous la terre,
J’ai construit ma cellule austère,
La solitude est mon bonheur :
Comme un pieux anachorète,
J’aime, plongé dans la retraite,
A chanter mon hymne au Seigneur.

          II

Le grand vent de la mer s’élève,
Les courlis pleurent sur la grève ;
Voici venir le jour des morts.
La belle nature est voilée
Comme une femme désolée
Qui lutte contre les remords.

Alors sous les pierres de l’âtre,
A l’heure où la flamme folâtre
Illumine le foyer noir,
Les enfants aiment à m’entendre
Murmurer, près d’eux, sous la cendre
Après la prière du soir.

Je suis le grillon domestique,
Je chante sous le toit rustique,
Sous le chaume du laboureur,
Pendant que l’aquilon sauvage
Au pied des écueils du rivage,
Fait bondir les flots en fureur.