la Chanson de l’abeille

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
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Sébastien Marineau
En hevelep levr :

À l’heure où l’aurore embrasée
Rougit les gouttes de rosée,
Purs diamants sur l’herbe épars ;
A l’heure où sa clarté vermeille
Vient au grand chêne où je sommeille,
Je sors de mon nid et je pars.

Les roses qui viennent de naître
Ont une senteur qui pénètre
Mon dorps soyeux et velouté ;
Insatiable de délices,
Dans les replis de leurs calices
Je me roule avec volupté.

Après les parfums, les parures :
Vers les lis aux blanches fourrures
Je tourne mon vol diligent ;
Là, ma toilette se termine,
Quand la poudre de l’étamine
A doré mes ailes d’argent ;

Mais déjà l’heure est avancée,
J’abandonne, vive et pressée,
Les jardins du riche manoir
Pour la bruyère et la prairie,
Pour la lande toujours fleurie.
Pour les bouquets blancs du blé noir.

Je suis l’abeille brune et blonde,
La voyageuse vagabonde
Qui n’arrête pas son essor.
Je vais, comme au temps de Virgile,
Butiner sur la fleur fragile,
Dont le pollen est un trésor.

Par mes longs travaux transformée,
Cette poussière parfumée
Deviendra le miel savoureux
Dont les enfants de la fermière
Adoucissent, dans leur chaumière,
Le pain grossier du malheureux.

Elle sera la cire vierge,
Qui fait la pureté du cierge
Qu’on allume dans le saint lieu.
C’est la tâche que j’ai choisie :
Je donne au pauvre l’ambroisie,
Je donne des flambeaux à Dieu.