Ô jeune rose épanouie 
Près du tabernacle immortel, 
Vierge pure, tendre Marie, 
Douce fleur des jardins du ciel ; 
Toi qui sais parfumer l’âme 
Mieux que la myrrhe et le cinname 
Et l’encens même du saint lieu ; 
toi dont la grâce est l’empire, 
Toi qui ramènes d’un sourire 
Le pardon aux lèvres de Dieu : 

Mère du Christ, reine de l’ange, 
Oh ! laisse tomber jusqu’à nous 
Ce rayon pur et sans mélange 
Que nous demandons à genoux ; 
Cette lumière intérieure 
Qui fait que la vie est meilleure 
Et le poids du siècle moins lourd, 
Lumière féconde en délices, 
Où le cœur boit à pleins calices 
Les ivresses d’un saint amour ! 

Hélas! il est tant d’amertume. 
Tant de douleurs à consoler, 
Tant d’êtres qu’un chagrin consume 
Et qui n’osent le révéler ! 
Leur existence est si troublée 
Que la pierre du mausolée 
Brille à leurs yeux comme le port, 
Et que, vaincus par la tempête, 
Ils ne veulent poser la tête 
Que sur l’oreiller de la mort. 

Ô Vierge ! écoute leur prière, 
Sois indulgente et souris-leur ; 
N’abandonne pas sur la terre 
Ces déshérités du bonheur ; 
Sois leur appui, sois leur patronne, 
Que ton bras sûr les environne 
Et défende leur doux sommeil ; 
Relève, relève, Marie, 
Chaque fleur mourante et flétrie 
Qui n’a point de place au soleil. 

Oh ! s’il est une âme oppressée, 
Une femme au cœur innocent, 
Qui garde un nom dans sa pensée 
Et qui pleure en le prononçant; 
Oh ! verse l’espoir sur cette âme 
Vacillante comme une flamme : 
Dis- lui qu’ailleurs on s’aime mieux ; 
Dis-lui qu’elle a toujours un frère, 
Et que, séparés sur la terre, 
Ils seront unis dans les cieux. 

Rends à l’exilé qui t’implore 
Un ciel plus calme, un jour plus beau, 
Et comme un reflet de l’aurore 
Qui souriait à son berceau ; 
Rends à l’orpheline égarée 
Un peu de cette paix sacrée. 
Trésor d’en haut qu’elle n’a plus : 
Adoucis le fiel de ses larmes, 
Et dans un songe plein de charmes 
Fais-lui voir ceux qu’elle a perdus. 

Et puis sur cette route amère 
Où Dieu sème tant de combats, 
S’il était une pauvre mère 
Dont le seul fils ne revînt pas, 
Soutiens dans sa longue détresse, 
Soutiens l’enfant de sa tendresse 
Qui marche avec peine et lenteur : 
Vierge sainte, Vierge divine, 
Ne laisse pas croître l’épine 
Dans le sentier du voyageur. 

Et nous qu’un regret suit encore, 
Quand nous te supplions bien bas 
Au nom de ce Christ qu’on adore 
Et que tu berças dans tes bras, 
Vierge ! ô toi qu’un regret touche, 
Laisse descendre de ta bouche 
Un langage délicieux : 
Ô rose ! entr’ouvre tes corolles, 
Et tes parfums et tes paroles 
Nous feront respirer les cieux !