« Arrête ! m’as-tu dit : ce monde 
« N’a-t-il point assez de douleurs, 
« Qu’il te faille au courant immonde 
« Effeuiller toi-même tes fleurs ? 
« Ta poitrine est-elle de marbre, 
« Qu’elle ose entamer ce grand arbre, 
« Dominateur de l’aquilon ? 
« Ne vois-tu pas que son écorce 
« Va se refermer avec force 
« Comme le chêne de Milon ? » 

Oui, je le vois ; oui, tant d’audace 
Sied mal à mon bras jeune encor[.] 
Je sais que ma poitrine lasse 
Succombera dans cet effort ; 
Je sais que la lutte est amère, 
Je sais qu un amas de poussière 
M’enlèvera toute lueur, 
Et qu’il faudra, chargé de blâme, 
Subir tous les frissons de l’âme, 
Tous les déchirements du cœur. 

Mais je sais aussi que la gloire 
Marque ses fils d’un sceau brûlant, 
Et qu’on n’arrache une victoire 
Qu’après avoir saigné son flanc ; 
Je sais que le cri d’anathème 
Est l’inévitable baptême 
Qui consacre à jamais un nom : 
Je sais, o mon glorieux frère, 
Que l’ostracisme populaire 
Est un pas vers le Panthéon !