Elle a dit : Laissez-moi ; pourquoi me troubler l’âme, 
Pourquoi de mon beau ciel me dérober l’azur ?... 
Vous le savez, mon cœur est mort à toute flamme, 
Laissez-moi ; j’ai besoin d’un avenir si pur ! 

Je veux que dans ma tombe un doux regret me suive, 
Et qu’on me pleure absente, et qu’un saule embaumé 
Couvre auprès de ma cendre une femme pensive : 
Je veux surtout qu’on dise : Elle n a pas aimé. 

Le passé de ma vie où mon cœur se replonge 
Ne connut pas l’amour et n’eut rien de cruel. 
Ne suis-je pas l’enfant qui s’envolait en songe 
Avec la feuille errante, avec l’oiseau du ciel ? 

Laissez-moi ; croyez-en cette larme dernière, 
Ce douloureux aveu que m’arrache l’effroi. 
Oh ! ne m’enviez pas le repos que j’espère ; 
Je ne vous ai que trop écouté : laissez-moi ! 

— Moi vous fuir !... ô mon âme, est-ce ainsi que l’on aime ! 
Sont-ce bien là des mots sortis de votre cœur ! 
Ah ! j’en appelle encore à lui contre vous-même, 
Et mon étonnement pardonne à la douleur. 

Vous fuir ! Oh ! souffrez-moi près de vous ; ange ou femme ; 
Vous le savez, sans vous je ne vis qu’à moitié : 
Qu’un dernier sentiment retienne encor votre âme ; 
Si ce n’est pas l’amour, que ce soit la pitié. 

Et quand je vous fuirais, croyez-vous que j’oublie 
Ces moments que nous ôte un sort capricieux, 
Où vous jetiez vos pleurs sur ma mélancolie, 
Où ce monde avec vous prenait l’éclat des cieux ?... 

Ma vie est un flambeau dont la lumière tremble 
Sur un reste de jours languissants et bornés ; 
Sa flamme renaîtra si nous sommes ensemble, 
Sa flamme s’éteindra si vous m’abandonnez.