Ma jeune bien-aimée, il est donc vrai, tout change, 
Tout change, instincts de l’âme, illusions, bonheur, 
Tout s’en va loin de moi, jusqu’aux sourires d’ange, 
Tout, jusqu’aux frais regards qu’avec un charme étrange 
     Vous laissiez tomber sur mon cœur. 

Car vous m’aimiez alors : vous viviez recueillie, 
Seule et pure au milieu de ce monde troublé ; 
Mais vos larmes de cœur vous avaient embellie, 
Et votre œil, si longtemps plein de mélancolie, 
     S’anima quand je vous parlai. 

Frissons délicieux, larmes involontaires, 
Que votre charme est tendre à ce premier beau jour ! 
Oh ! qui révèlera les troubles, les mystères 
Que ressentent d’abord deux âmes solitaires 
     Dans l’abandon d’un chaste amour ? 

Aimer jusqu’à l’extase, aimer jusqu’au délire, 
Vivre au fond d’un seul cœur, du seul qui nous soit cher, 
Ne trouver de repos que dans l’air qu’il respire, 
S’enivrer de silence à son moindre sourire... 
     C’était là mon bonheur hier. 

Maintenant je suis seul : tout me gêne et me blesse. 
Tout vient me rappeler ces fugitifs instants ; 
Je suis seul, et déjà je tombe de faiblesse : 
Oh ! brise-toi, mon cœur, pauvre cœur qu’on délaisse, 
     Tu n’as battu que trop longtemps !