Quand je reviens joyeux dans ma belle Bretagne 
Au sortir de Paris, de ce triste Paris, 
Où l’on ne voit ni mer, ni forêt, ni montagne, 
Où l’on traîne des jours ennuyés et flétris ; 
Quand j’ai passé le seuil, quand j’ai franchi l’entrée 
De la noire maison gothique et retirée, 
Et qu’un instant après je tombe dans les bras 
De mes deux bien-aimés qui ne m’attendaient pas. 
Oh ! de quelque bonheur que mon âme soit pleine 
Dans ces rares moments d’ivresse surhumaine, 
Quel que soit mon transport, un indicible ennui 
S’éveille à l’heure même et se mêle avec lui. 
J’aperçois, et c’est là ce qui me désespère, 
Quelques rides de plus sur le front de mon père ; 
Ma mère aussi, ma mère attriste mon regard, 
Ses cheveux sont encor plus blancs qu’à mon départ. 
Et des larmes d’effroi roulent sous mes paupières : 
O mon Dieu ! gardez-moi ces deux âmes si chères ! 
Gardez mon doux trésor, il est là tout entier ; 
S’il vous faut l’un des trois, prenez-moi le premier ; 
Prenez-moi : que ferais-je, hélas ! dans ce vain monde. 
Sevré des tendres soins dont leur amour m’inonde ? 
Je ne demande rien, ni gloire, ni bonheur, 
Mais leur vie est ma vie, il me la faut, Seigneur !