Oh ! rouvre tes grands yeux dont la paupière tremble, 
     Tes yeux pleins de langueur : 
Leur regard est si beau quand nous sommes ensemble ! 
Rouvre-les : ce regard manque à ma vie, il semble 
     Que tu fermes ton cœur. 

Lui seul dans une sphère où l’amertume abonde 
     M’embellira le jour ; 
Trompé dans tous mes vœux, las d’un spectacle immonde, 
Pour m’élancer et fuir je n’ai trouvé qu’un monde, 
     Et ce monde est l’amour. 

Oh ! l’amour près de toi, fleur que n’avait blessée 
     Aucun contact impur, 
Fleur qui devais couvrir ma tête délaissée, 
Et qui donnas pour sœur à ma sombre pensée 
     L’espérance d’azur. 

Que m’importent la vie et l’éloge ou le blâme, 
     Et les fragiles biens, 
Et tout ce qu’on espère, et tout ce qu’on proclame, 
Pourvu que je t’écoute, et que tes yeux, chère âme, 
     Se plongent dans les miens ! 

Pourvu que, m’ élançant vers le ciel où m’attire 
     Le rayon de la foi, 
Je redescende enfin, vaincu par ton sourire, 
Jusqu’aux terrestres lieux qui ne pourraient suffire 
     À mon âme sans toi !