J’aime l’eau sous les fleurs, la rose sur sa tige, 
Le tremblement des bois, les brises de l’été ; 
Mais il est pour mon âme un bien plus doux prestige, 
          Et ce prestige est la beauté. 

La beauté, fleur du ciel que Dieu créa lui-même, 
Pour mêler ses parfums à nos longues douleurs : 
Oh ! qui saura jamais te peindre comme on t’aime, 
Beauté, plaisir des yeux, beauté, charme des cœurs ? 

Qui décrira ses traits, sa voix molle et touchante ? 
Dans quel hymne d’amour croira-t-on retrouver 
Un de ces longs regards dont la langueur enchante, 
          Un de ces mots qui font rêver ? 

Mais, comme au frais matin le lys et l’asphodèle 
Se voilent de rosée et n’en brillent que mieux, 
La beauté trouve encore un attrait digne d’elle, 
C’est la grâce, elle-même est un reflet des cieux. 

Et si nous croyons voir quelque chose de l’ange 
Dans l’éclat ravissant d’un beau front velouté, 
Cette empreinte d’en haut n’est que l’heureux mélange 
          De la grâce et de la beauté, 

Aussi quels doux transports ! quel ineffable hommage 
Tous les cœurs réunis par un même lien 
Environnent d’amour l’éblouissante image, 
Attendent son sourire et ne cherchent plus rien. 

Ah ! si c’est le bonheur, vous devez le connaître, 
o vous qu’on aime à voir, vous qu’on veut admirer ; 
Mais, non ; jeune, adorée, et bien digne de l’être, 
          Vous êtes seule à l’ignorer. 

Si je disais que, belle entre toutes les femmes, 
Vous remuez les cœurs même au bruit de vos pas, 
Et que vos grands yeux noirs étincellent de flammes, 
Vous baisseriez la tête et ne me croiriez pas. 

Et pourtant vous brillez de cette beauté pure 
Qu’on admire avec crainte et qu’on loue en tremblant, 
Et jamais ici-bas plus noire chevelure 
          Ne couronna de front plus blanc. 

Et si vous m’avez vu (je le dis à voix basse) 
Essayer tout à l’heure, avec des mots bien doux, 
De peindre la beauté qui s’unit à la grâce, 
Je ne vous nommais pas, mais je songeais à vous.