l’Enlèvement pour rire

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1922
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

L’amour, comme les cailles, vient
et s’en va aux temps chauds…
    J.-P. Richter

Ainsi c’est vous que l’on marie
    Au mois prochain ?
Qui donc épousez-vous, Marie ?
    Chose ou Machin ?

Chose ou Machin, il ne m’importe.
    La vérité,
C’est que je suis mis à la porte
    En plein été.

Oui, cet hymen va se conclure,
    Et Messidor
Balance au vent la chevelure
    Des épis d’or !

Et c’est au moment où sur terre
    Tout reverdit,
Que vous passez devant notaire
    L’acte susdit !

Oh ! non, cela n’est pas possible,
    Mia bella,
Et je suis fou d’être sensible
    A ce point-là !

Quoi ! parce qu’un barbon vous offre,
    Sincère ou non,
Ses rhumatismes et son coffre
    Avec son nom.

Parce qu’il est prince ou vidame,
    Quoi ! par désir
De s’entendre appeler madame
    X… à loisir,

Vous troqueriez notre jeunesse,
    Échange vain !
Nos beaux appétits de faunesse
    Et de Sylvain !

Non ! mille fois non, je le jure !
    Non, sarpejeu !
Cet hymen n’est qu’une gageure
    Et n’est qu’un jeu !

Allons ! viens-nous-en, l’infidèle,
    Par les sentiers
Fleuris tout le long d’asphodèle
    Et d’églantiers.

Vois comme on est bien sur la mousse !
    Veux-tu t’asseoir ?
Sens-tu glisser sur ta frimousse
    Le vent du soir ?

Il glisse, et ce sont des murmures,
    Et des frissons,
Et des parfums volés aux mûres
    Dans les buissons.

Il glisse ! Adieu, soucis moroses,
    Tristesse, émoi !
Ma mie, ouvrez vos lèvres roses
    Et baisez-moi.