Couchant mystique

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1922
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

    À Jean Ajalbert

On entendait chanter d’invisibles psallettes.
La mer montait. Des feux luisaient sur les coteaux.
A l’horizon, baigné de vapeurs violettes,
Le soir d’automne ouvrait ses yeux sacerdotaux.

Et raidis par l’extase à l’avant des bateaux,
Lougres au vol oblique et fines goélettes,
Les hommes d’Enez-Veur regardaient sur Men-Thos
Flamboyer dans le ciel d’étranges bandelettes.

Leurs bordages craquaient ; leurs filets étaient vides ;
Et, ployés tout le jour au bord des eaux livides,
Ils n’en avaient levé que de vains goémons.

Mais le soir frémissait sur leurs têtes heureuses.
Ils regardaient le ciel, la lumière et les monts
Et, sans parler, joignaient les mains sur leurs vareuses.