Sur la beigne

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1922
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Nous sommes partis ce matin,
Sans savoir où, pédétentin,
    Au diable !
J’en étais moi-même effaré,
Tant la route avait un air ef-
    froyable !

Des flaques, de la boue, et puis
Un ciel noirâtre comme un puits
    De mine,
Ce ciel mi-breton, mi-normand,
Qui fait perpétuellement
    La mine.

Ajoutez, surcroît de malheur,
Nous crachant au visage leur
    Décharge,
Sur nos côtés, sur nos devants,
Le tourbillon des âpres vents
    Du large !

Mais, si noir, si triste et si laid
Que fût le chemin, il fallait
    Voir comme
Nous étions, quoique fatigués,
Gais, très gais, énormément gais
    En somme !

Nanette a des goûts vagabonds,
Qui la poussent par sauts et bonds,
    Sans crainte
Que son pied ne heurte un caillou
Qui l’érafle, qui l’éraille ou
    L’éreinte.

Moi-même j’ai, pour ces jours-là,
Outre mon béret de gala,
    Des bottes
Qui ne m’abandonnent jamais
Dans le cours sinueux de mes
    Ribotes.

Or, tandis que nous dévalons
Par les taillis et les vallons
    Que baigne,
Jusqu’à son prochain confluent.
De son flot visqueux et gluant,
    La Beigne,

Nous faisons, comme des marmots,
Des phrases sans queue et des mots
    Sans tête,
Moi, lui disant : « Turlututu ! »
Elle, me répondant : « Que tu
    Es bête ! »

Ainsi vont nos pas imprudents.
Qu’importe qu’on patauge dans
    La boue ?
Quand on a le cœur plein d’azur,
Qu’importe un soufflet du vent sur
    La joue ?