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Bosenn Elliant

barzhaz breizh - bosenn elliant (la peste d'elliant)
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici un extrait des commentaires que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

« La peste qui désola toute l’Europe au VIème siècle fit de grands ravages en Armorique : ceux qui en étaient frappés perdaient les cheveux, les dents et la vue, jaunissaient, languissaient, et ne tardaient pas à mourir. Il y eut des cantons dont la population fut emportée tout entière. La paroisse d’Elliant, en Cornouaille, fut de ce nombre. Le pays voisin, et celui de Tourc’h en particulier, durent aux prières d’un solitaire nommé Ratian, qui y habitait, le bonheur d’être préservés du fléau. C’est ce que nous apprend l’auteur de la Vie de Saint Gwenolé, écrite à cette époque et abrégée au IXème siècle par Gurdestin, abbé de Landévennec.

La peste d’Elliant ne se chante jamais sans qu’on y joigne l’étrange légende que voici :

C’était jour de pardon au bourg d’Elliant ; un jeune meunier, arrivant au gué avec ses chevaux, vit une belle dame en robe blanche, assise au bord de la rivière, une baguette à la main, qui le pria de lui faire passer l’eau. – Oh ! oui, sûrement, madame, répliqua-t-il ; et déjà elle était en croupe sur sa bête, et bientôt déposée sur l’autre rive. Alors, la belle dame lui dit – Jeune homme, vous ne savez pas qui vous venez de passer : je suis la Peste. Je viens de faire le tour de la Bretagne, et me rends à l’église du bourg, où l’on sonne la messe ; tous ceux que je frapperai de ma baguette mourront subitement ; pour vous, ne craignez rien, il ne vous arrivera aucun mal, ni à votre mère non plus. –

Et la Peste a tenu parole, me faisait observer naïvement un chanteur ; car la chanson dit :

Tout le monde a péri, excepté deux personnes :
Une pauvre vieille et son fils.

Savez-vous, me disait un autre, comment on s’y prit pour lui faire quitter le pays ? On la chanta. Se voyant découverte, elle s’enfuit. Il n’y a pas plus sûr moyen de chasser la Peste que de la chanter ; aussi, depuis ce jour, elle n’a pas reparu. »

’Tre Langolen hag ar Faoued
Ur Barzh santel a vez kavet ;
Hag eñ Tad Rasian anvet.

Lâret en deus d’ar Faouediz :
Lakit un oferenn bep miz,
Un oferenn en hoc’h iliz.

Aet eo ar vosenn a Elliant,
Hogen n’eo ket aet hep forniad*,    [K forniant] 
Aet zo ganti seizh mil ha kant !

E bro Elliant, hep lâret gaou,
Emañ diskennet an Ankoù,
Marv an holl dud nemet daou :

Ur c’hwregig kozh tri-ugent vloaz
Hag ur mab hepken he devoa.

« Edi ar vosenn ’penn ma zi ;
Pa garo Doue ’teuy en ti ;
Ni ’y-ey ’maez pa deuy », emezi.

E kreiz Elliant, er marc’hallac’h*,    [K marc'hallec'h] 
Geot da falc’hat e kavfec’h,

Nemet en hentig eus ar c’harr
A gas re varv d’an douar.

Kriz ’vije ’r galon na ouelje,
E bro Elliant, neb a vije :

Gwel’t triwec’h c’harr ’tal ar vered
Ha triwec’h all eno ’tonet.

’Lec’h oa nav mab en un tiad,
’Aent d’an douar en ur c’harrad,
Hag o mamm baour ouzh o c’harrat.

O zad a-dreñv o c’hwibanat :
Kollet gantañ e skiant-vat.

Hi a yude, ’galve Doue ;
Rouestlet e oa korf hag ene :

« Lakit ma nav mab en douar,
Ha me ’roy deoc’h ur gouriz koar,

A ray teir zro en-dro d’ho ti,
Ha teir en-dro d’ho minic’hi,

Nav mab em boa em boa ganet,
Setu gant an Ankoù ’int aet ;

Gant an Ankoù e toull ma dor* ;    [K dour] 
Den da skuilh din ul lommig dour !

Leun eo ’r vered rez ar c’hleuzioù,
Leun an iliz rez an treuzoù ;

Ret eo benniget ar parkoù,
Da lakaat enno ar c’horfoù.

Me ’wel er vered un dervenn,
Hag en he beg ul liñser wenn :
Aet an holl dud gant ar vosenn. »