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Daskor

Seizenn eured

barzhaz breizh - seizenn eured
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

Owen Glendour, noble gallois, qui descendait des anciens chefs bretons de la Cambrie, résolu de délivrer sa patrie du joug de l’Angleterre, avait mis son espoir dans l’appui de la France. Cet espoir, souvent conçu par ses prédécesseurs, mais toujours trompé, se réalisa enfin, grâce à l’intervention fraternelle des Bretons d’Armorique. Une assez grande flotte partit de Brest, sous les ordres de Jean de Rieux, maréchal de Bretagne, et alla rejoindre les Gallois, réunis au nombre de dix mille hommes près de Caermarthen (1405).

Après divers succès qui déterminèrent l’armée anglaise à la retraite, les Bretons d’Armorique revinrent dans leur pays, se vantant d’avoir fait une campagne que de mémoire d’homme aucun roi de France n’avait osé faire. La ballade qu’on va lire regarde cette expédition ; c’est l’histoire à la fois railleuse et tragique d’une femme que son inconstance place entre deux maris.

*

Cette façon de dire que le chevalier, trahi dans ses affections terrestres, tourna ses pensées vers le ciel en prenant la Vierge pour dame est délicate et charmante. La manière dont il apprend son malheur par la rencontre fortuite des joyeux étrenneurs n’est pas moins curieuse. On donne le nom d’étrenneurs à de pauvres gens qui se réunissent toutes les nuits par troupes, à l’époque de Noël, en plusieurs cantons des montagnes et ailleurs, et vont quêter de village en village, en chantant une vieille chanson dialoguée dont le refrain est Eginane ! eginane ! (dans le dialecte vannetais eginaneu !) c’est-à-dire des étrennes ! des étrennes ! lequel refrain, changé en Aguilaneuf, devait faire longtemps le désespoir des étymologistes. Leur quête achevée, les pauvres la chargent sur un vieux cheval qui les suit, et l’apportent chez l’un d’entre eux, où ils se la partagent.

J’ai écrit sous la dictée du chef de la bande le dialogue traditionnel qu’ils chantent, dans leur tournée, à la porte de chaque maison, et je le donne plus loin, à sa place, parmi les Chants de fêtes de ce recueil.

Mais la fiancée crut-elle véritablement à la mort du chevalier ? ne mentait-elle pas, en peignant le combat naval où il devait avoir péri ? Ce qu’il y a de certain, c’est que, l’année même dont il est question, une flotte bretonne battit une flotte anglaise à quelques lieues de Brest. « Le combat fut terrible, dit l’historien célèbre des ducs de Bourgogne, et animé par la vieille haine réciproque des Anglais et des Bretons. » Le chevalier pouvait s’y trouver. Son séjour et celui de ses compagnons de guerre chez les Bretons du Pays de Galles expliqueraient aussi pourquoi l’on rencontre dans notre ballade une strophe tout entière d’une chanson nouvellement composée, et très en vogue chez les Gallois à l’époque où il y était. Le héros et l’auteur de la chanson gallois, qui est le barde Dafydd ap Gwylim, joue un rôle semblable à celui du héros de la ballade bretonne quand ce dernier prend congé de sa maîtresse :

- Ma charmante, lui dit-il, ô toi qui brilles comme les champs que blanchit le duvet des plantes, j’aperçois la lumière du jour à travers les fentes de ta porte.

- C’est la nouvelle lune, et les étoiles qui scintillent, et la réflexion de leurs rayons sur les piliers.

- Non, ma belle, le soleil luit ; il fait grand jour.

Et le génie de Shakespeare devait éterniser cette scène dans Roméo et Juliette :

’Tis not the lark, it is the nightingale.

C’est n’est point l’alouette, c’est le rossignol.

Les colombes du Pays de Galles, dit gracieusement M. Magnin, avaient gazouillé à l’oreille du grand poète anglais les douces paroles du barde cambrien.