daskor - facebook  daskor - css

Daskor

Pennhêrez Keroulaz

barzhaz breizh - pennherez keroulaz
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que La Villemarqué à inséré dans le Barzhaz Breizh :

L’histoire de Marie de Keroulaz, fille unique de François de Keroulaz, chevalier, seigneur de Keroulaz, en Bas-Léon, et de dame Catherine de Lannuzouarn, nous présente un fond d’aventures tout-à-fait semblables à celles d’Azénor de Kergroadez. Forcée par sa mère, en 1565, d’épouser François du Chastel, marquis de Mesle, qui fut préféré à deux jeunes seigneurs du pays, Kerthomaz et Salaün, dont elle recevait publiquement les hommages, l’héritière serait morte de chagrin. De Mesle tient dans l’histoire de Bretagne une place fort peu honorable. Dom Morice rapporte que, sous la Ligue, lors de la prise de Quimperlé, dont il était gouverneur, il se sauva presque nu au milieu de la nuit, avec des femmes, passa la rivière et pit la route de son manoir de Châteaugal, où il se tint caché. Nos traditions populaires ajoutent à ce trait de lâcheté plusieurs faits d’avarice sordide : c’en était plus qu’il ne fallait pour éloigner de lui l’héritière.

Mademoiselle Marie de Blois, fille du savant de ce nom, est l’auteur de la découverte de la ballade qu’on va lire. La version que je publie m’a été chantée par une paysanne de la paroisse de Nizon.

*

La statue du marquis de Mesle se voit encore dans le reliquaire de Landedo, à quelques lieues de Carhaix : il était petit, gros et laid ; on lui a donné la chevelure bouffante et l’armure d’un seigneur du temps de Louis XIII. Près de là s’élèvent ses trois piliers de justice ; pluis loin, on aperçoit les ruines de son château : des paysans l’ont acheté et l’occupent aujourd’hui. Il a dû être beau, mais peu fort ; sa position sur le sommet d’une montagne, au-dessus d’une rivière, est d’un effet pittoresque ; le bâtiment principal a été en partie démoli. Les jardins d’alentours sont incultes et couverts de ronces, de digitales, d’aubépines et de vieux bouquets de buis, peut-être contemporains de l’héritière ; les avenues et les bois ont été coupés.

On a oublié dans le pays les malheurs de Marie de Keroulaz, dont la poésie populaire a du reste un peu précipité la fin, car elle eut le temps d’avoir trois enfants de son mariage avec François du Chastel ; on ne se souvient que du marquis, de son avarice et de sa lâcheté. Kerthomaz et Salaün on dû laisser des souvenir tout différents.

Un jour je vis passer, sur le chemin de Quimper à Douarnenez, un grand paysan de bonne mine, d’une quarantaine d’années, portant la double veste bleue, les larges braies plissés du canton et de longs cheveux blonds flottants ; frappé de son air distingué, je demandai son nom : c’est, me répondit-on, le dernier des Keroulaz.