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Pardon Sant Fiakr

barzhaz breizh - pardon sant fiakr 1
barzhaz breizh - pardon sant fiakr 2
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

Sur le devant de l’ossuaire du Faouet, parmi les petits reliquaires qu’on y voit rangés, il en est un plus vieux que tous les autres, blanchi par la pluie et sans croix, sur lequel on lit ces mots, grossièrement gravés : Ci-gît la tête de Louis Rauseaulet.

Loeiz ou Louis Rozaoulet, ou Raoualet, selon la prononciation de la haute Cornouaille, avait été fiancé dès sa naissance à une petite fille nommée Marianna, née, au village de Kerli, le même jour que lui. Leurs mères les avaient couchés dans le même berceau, coutume charmante commune à la Bretagne et à la Hongrie ; aux fêtes, ils étaient toujours assis en face l’un de l’autre, à table, comme deux nouveaux mariés. Les vieux parents riaient en les voyant tout petits s’embrasser, et personne ne doutait qu’ils s’épousassent un jour.

Un matin de la fête de Saint Fiacre, quelques jeunes gens de la paroisse vinrent engager Louis à les accompagner au pardon. Sa mère y consentit. Cette fête est célèbre dans le pays ; Saint Fiacre est le patron des jardiniers bretons. La bénédiction du bouquet qui lui est offert, la veille de la fête, y attire une foule de pèlerins. Ce fut aussi le désir d’assister à cette cérémonie qui conduisit Louis au pardon. Un poète populaire va continuer l’histoire.

*

La tradition, dont nous allons reprendre le fil, ajoute que le vieux Maurice, ne voyant pas reparaître son fils, le soir du pardon, passa la nuit dans une grande angoisse. De temps en temps, il croyait entendre frapper à la porte, et se levait sur son séant pour écouter ; mais son fils ne revenait pas. Il dit à sa femme : « Marie, dès que le jour viendra, je mettrai le bât sur le cheval, j’emmènerai avec moi le chien, et j’irai voir ce qu’est devenu Loeizig. J’ai grand’peur qu’il ne lui soit arrivé malheur ! »

Le lendemain, il monta à cheval, se fit suivre de son chien, et prit le chemin du Faouët. A la croix de Penfel, le cheval se cabra et refuse d’avancer ; le chien lui-même s’était arrêté et flairait la terre en aboyant. Dans ce moment, l’aube, qui commençait à blanchir, laissa voir des traces de sang.

Comme le malheureux vieillard, guidé par son chien, suivait ces traces dans un émoi impossible à peindre, il rencontra le recteur de Langonnet, accompagné de deux paysans qui portaient le corps de son fils.

D’après une version différente de celle du poète, les compagnons de Loeizig le cachèrent d’abord sous un tas de feuilles ; puis, ayant trouvé sur le chemin la mule égarée d’un saunier, ils s’en emparèrent, lièrent sur son dos l’infortuné jeune homme et la laissèrent aller.

L’animal, par un instinct naturel aux bêtes de somme des paludiers, gagna la rivière, s’y débarrassa de son fardeau et revint chez son maître. Quand celui-ci apprit l’histoire du pauvre enfant assassiné, il mena sa mule à la foire et la vendit ; mais le soir elle était de retour, conduite par un guide invisible. Il la vendit une seconde fois, elle reparut de nouveau ; une troisième, elle revint encore : de sorte que, recevant toujours le prix de sa mule et ne la perdant jamais, il devint très riche, et, regardant la chose comme une faveur du ciel, il se mit à trafiquer sans remords de la bête ; et, le jour du marché, frappant dans la main de l’acheteur, il murmurait entre ses dents :

Soyez en repos, mon hôte ; avant que la nuit soit close, ma mule sera à ma porte.