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Daskor

Markiz Gwerann

Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que La Villemarqué a inséré dans le Barzhaz-Breizh :

Louis-François de Guérand était fils de Claude de Névet et de Jean du Parc, chevalier, seigneur de Locmaria, marquis de Guérand. Son père, qui avait pris part au siège de La Rochelle et aux guerres d’Allemagne, et présidé par élection les Etats généraux de Bretagne, n’existait plus en 1670.

Possesseur du marquisat à cette époque, riche, violent et livré à lui-même, le jeune Louis était la terreur de la paroisse et désolait sa mère, dont les larmes et les prières ne pouvaient rien sur lui : on dit que, lorsqu’il sortait, la bonne dame courait elle-même sonner la cloche du château pour donner l’alarme au canton.

C’étaient chaque jour de nouvelles violences de la part de son fils, et des récriminations nouvelles du côté des habitants du paus : les choses en vinrent au point qu’elle se vit fornée de lui faire quitter la Bretagne ; voici à quelle occasion.

*

Voilà ce qui se chantait en Bretagne, tandis que le jeune marquis, sortant de l'Académie, dansait devant Louis XIV ces passepieds merveilleux qui ravissaient madame de Sévigné, « ces passepieds bas-bretons, au prix desquels les violons et passepieds de la cour faisaient, dit-elle, ma au cœur. » Un paysan nommé Tugdual Salaün, de la paroisse de Plouyé, qui assistait à la fatale Aire-Neuve, composa la chanson. Elle passa de Tréguier en Cornouaille et de Cornouaille en Léon, dont j'ai suivi le dialecte. Il paraît que le jeune clerc ne mourut pas sous le coup, comme semble l'indiquer l'auteur, car le marquis ne fut condamné qu'à l'amende civile, conformément à la Coutume de Bretagne. Cependant la bonne dame de Névet ne se regarda point comme libérée envers les parents du défunt ; elle fit à la mère du jeune homme une pension annuelle et prit chez elle son second enfant, qu'elle se chargea d'élever et qu'elle établit avantageusement. Quant au marquis, sur ses vieux jours il devint aussi régulier dans ses mœurs qu'il avait été débauché. On montrait encore, il y a peu d'années, les ruines d'un hôpital fondé par lui pour les pauvres de sa paroisse ; la tradition raconte que l'on voyait briller, chaque soir, bien avant dans la nuit, une petite lumière à une des fenêtres, et que si le voyageur surpris venait à en demander la cause, on lui répondait : « C'est le marquis de Guérand qui veille ; il prie Dieu de lui pardonner sa jeunesse. » Dans une ballade intéressante sur le même personnage, publiée par M. Gabriel Milin, il est en effet question de cet hôpital : le marquis meurt en demandant pardon à sa femme, et, après lui avoir indiqué sept ou huit legs étrangement réparateurs, il ajoute : « Ma chère femme, si vous voulez exécuter ma volonté, un nouvel hospice sera bâti où il y aura dorénavant douze pauvres, avec un bon prêtre pour les instruire et tout ce qui leur sera nécessaire. »