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Itron Varia Folgoad

barzhaz breizh - itron varia folgoad
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici un extrait des commentaires que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

« En l’année 1315, dit un vieil auteur, florissait en Bretagne, en simplicité et sainteté de vie, un pauvre innocent nommé Salaün, issu de parents pauvres, dont les noms nous sont inconnus, d’un village d’auprès de Lesneven.

« Ce jeune enfant, croissant en âge, commença, après la mort de ses parents, à chérir les douceurs de la solitude, choisissant pour sa retraite ordinaire un bois, loin d’icelle ville d’une demi-lieue, orné d’une belle fontaine bordée d’un très beau vert naissant. Là, comme un passereau solitaire, il solfiait à sa mode les louanges de la Vierge adorable, à laquelle, après Dieu, il avait consacré son cœur ; et de nuit, comme le gracieux rossignol, perché sur l’épine de l’austérité, il chantait Ave Maria.

« Il était misérablement vêtu, toujours nu-pieds ; n’avait pour lit, en ce bois, que la terre, pour chevet qu’une pierre, pour toit qu’un arbre tortu près de ladite fontaine. Il allait tous les jours mendier son pauvre pain par la ville de Lesneven ou ès environs, n’importunant personne aux portes que de deux ou trois petits mots ; car il disait Ave Maria, et puis en son langage breton : Salaün a zebre bara, c’est-à-dire « Salaün mangerait du pain ». Il prenait tout ce qu’on lui donnait, revenait bellement en son petit ermitage auprès de la fontaine, en laquelle il trempait ses croûtes, sans autre assaisonnement que le saint nom de Marie.

« Au cœur de l’hiver, il se plongeait dans cette fontaine jusqu’au menton, comme un beau cygne en un étang, et répétait toujours et mille fois Ave Maria, ou bien chantait quelque rythme breton en l’honneur de Marie.

« On rapporte que lorsqu’il grouait à pierre fendre, il montait en son arbre, et, en prenant deux branches de chaque main, il se berçait et voltigeait en l’air en chantant : O Maria ! En cette façon, et non autrement, il échauffait son pauvre corps.

« C’est pourquoi, à cause de cette sienne façon de faire, l’appelait-on le Fou (Salaün ar Foll). Et pourtant est-il l’un des plus beaux mignons de la reine des cieux.

« Une fois il fut rencontré par une bande de soldats qui couraient la campagne, lesquels lui demandèrent : Qui vive ? Auxquels il répondit Je ne suis ni Blois, ni Montfort, je suis le serviteur de madame Marie, et vive Marie ! A ces paroles, les soldats se prirent à rire et le laissèrent aller.

« Il mena cette manière de vie trente-neuf ou quarante ans, sans avoir jamais offensé personne. Enfin il tomba malade, et ne voulut pour cela changer de demeure. L’on tient que la Sainte Vierge, qui ne manque jamais à ceux qui lui sont fidèles, le consola et récréa merveilleusement de ses aimables visites, s’apparaissant devant lui environnée d’une grande clarté, et accompagnée  d’une troupe d’anges.

« Notre pauvre simplique, sentant bien que sa fin approchait, comme une tourterelle, fit résonner l’écho de sa voix, pour marquer que l’hiver de sa vie était passé. Mourant, il répétait encore dévotement le doux nom de Marie ; après cela, il rendit heureusement son âme pure et innocente à Dieu. Son visage, qui en sa vie était tout défait par la pauvreté, parut si beau et si lumineux qu’il le disputait à la candeur du lis et au vermeil de la rose.

« Il fut trouvé mort non loin de la fontaine, près du tronc d’arbre qui avait été sa retraite ; et l’enterrèrent les voisins, sans bruit et sans parade, en ce même lieu.

« Et l’on vit un beau lys frais et odoriférant, miraculeusement poussé de son tombeau, portant écrits sur ses feuilles en lettres d’or ces deux mots : AVE MARIA;

Les ducs de Bretagne firent bâtir sur le bord de la fontaine du pauvre fou du bois, sous l’invocation de Notre-Dame du Folgoët, une charmante église qui devint bientôt célèbre par un grand nombre de miracles. Celui qui fait le sujet de la ballade suivante nous a paru un des plus touchants. C’est l’histoire d’une jeune fille faussement accusée d’un crime horrible.

La veille du jour où elle va être brûlée vive, elle apparaît en rêve à son père, du fond de la prison où on l’a jetée. Il la voit au lavoir, occupée à blanchir des nappes déjà blanches, symbole de sa parfaite innocence, et elle le prie d’aller en pèlerinage, à son intention, à Notre-Dame du Folgoët.

Cette ballade est une des plus populaires de Bretagne ; elle se chante dans les dialectes de Léon, de Cornouaille, de Tréguier et de Vannes. Elle n’est pas antérieure au quinzième siècle, car l’église du Folgoët n’a été bâtie qu’à cette époque. Il y a lieu de la croire  du milieu du siècle suivant, le P. François, dont elle fait mention, étant probablement Maistre François du Fou, doyen en l’église collégiale du Folgoët, qui comparut à Nantes, le second jour d’octobre de l’an 1539, pour la rédaction des réformations des Coutumes de Bretagne. Le petit manoir du Pouliguen existe encore à quelques lieues du Folgoët. Le bourg de Guigourvez est aussi dans les environs. La cause de l’immense popularité de notre ballade vient sans doute de l’idée sur laquelle elle repose, idée que nous avons déjà vue développée dans le Frère de lait, et qui fait le sujet de mille autres chants populaires.

Sous l’empire d’une pareille croyance, l’épreuve devenait un moyen naturel de découvrir la vérité ; on ne pouvait supposer que la Providence permît la mort de l’innocent.

La légende du coq rôti qui chante sur le plat est un lieu commun de poésie populaire. Elle a primitivement passé d’Espagne en France ; on la trouve racontée dans le Martyrologium hispanicum de Tormayo Salacar. (...)