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Fontanella

barzhaz breizh - fontanella
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que Théodore de La Villemarqué a inséré dans le Barzhaz Breizh :

Un des plus fameux partisans qu’eut la Ligue en Bretagne était La Fontenelle.

« Guy Eder de la Fontenelle, juveigneur de la maison de Beaumanoir, dit le chanoine Moreau, nasquit en la paroisse de Botoa, en Cornouaille. Dans le temps qu’il estoit escolier à Paris, au collège de Boncotest, où je le vis en 1587, il monstroit déjà des indices de sa future vie despravée, estant toujours aux mains avec ses compagnons. En 1589, il vendit ses livres et sa robe de classe, et, du provenu de l’argent, acheta un espée et un poignard, se déroba dudit collège, prit le chemin d’Orléans pour aller trouver l’armée de M. le duc du Maine, lors lieutenant général de l’Estat et couronne de France et chef du parti catholique, et retourna en Bretagne. Aagé de quinze à seize ans, il se mot parmi la populace qui estoit sous les armes pour le parti des Ligueurs, qui en fit estat, parce qu’il estoit de bonne maison et du païs, et, le voyant un esprit actif, lui obéissoit volontiers. Il se fit suivre de quelques domestiques de son frère aisné, et d’autres jeunes seigneurs de la commune, et commença à piller les bourgades, et à prendre prisonniers de quelque parti qu’il fussent. Il donna plusieurs alarmes à Guingamp, dont le gouverneur tenait pour le roy, encore que la ville fust au seigneur de Mercoeur, de la part de sa femme, duchesse de Penthièvre, qui portoit surnom de Bretagne...

« Il fist à la sourdine une course en Léon, jusques à Mesarnou, et enleva la fille de la dame du lieu (Marie de Coadelan, fille de Lancelot Le Chevoir et de Renée de Coetlogon), héritière de mère et de père, riche de neuf à dix mille livres de rentes, aagée seulement de huit à neuf ans. »

Ce dernier trait est le sujet d’une des mille chansons populaires dont La Fontenelle est le héros. La suivante a été recueillie, il y a plusieurs années, par le comte de Kergariou, ancien pair de France, dont la rare sagacité avait deviné la mine poétique, si exploitée aujourd’hui, longtemps avant que personne songeât à en tirer parti.

*

Le chanoine Moreau assure que ce fut à l’île Tristan que La Fontenelle emmena l’héritière de Coadélan, après l’avoir enlevée. Le poète la fait conduire à Saint-Malo, en un couvent de religieuses. Plusieurs raisons me feraient préférer le témoignage du poète. La ville de Saint-Malo avait d’elle-même ouvert ses portes aux Ligueurs, et tenait encore pour eux à l’époque de l’enlèvement de l’héritière. Plus tard, elle les abandonna, se révolta contre son gouverneur, qu’elle soupçonnait de rapports secrets avec les royalistes, et se donna un gouvernement libre.

Il est permis de croire, avec le poète populaire, que Marie de Coadélan finit par s’attacher à un homme qui l’avait enlevée par force ; car la famille de Kergariou possède un acte passé, le 17 février 1602, en son nom et en celui du sieur de La Fontenelle. Après qu’inculpé dans la conspiration de Biron, il eut été roué vif, malgré sa qualité de gentilhomme, moins pour ce nouveau crime que pour ses déportements antérieurs, Marie ne rougit pas de se montrer comme sa veuve pour renoncer à la communauté. Rien n’empêche de penser encore qu’elle ait demandé la grâce de son mari, ou même qu’elle soit morte de chagrin, comme l’auteur paraît le donner à entendre, car, dès 1603, elle n’existait plus.