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Floc’h Loeiz trizek

barzhaz breizh - floch loeiz trizek
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que La Villemarqué à inséré dans le Barzhaz-Breizh :

Les Bretons que l’ambition et le désir de briller attirèrent à la cour de France, comme autrefois du Guesclin, y apportèrent leurs vieilles préventions, et souvent ils se prirent de querelle avec les courtisans au point d’en venir aux mains. L’aversion qu’ils témoignaient pour les manières recherchées des gentils Français bien polis, comme dit Guillaume de Saint-André, auxquels ils semblaient lourds et grossiers, était généralement la cause immédiate des démêlés dont nous parlons. La tradition populaire nous a conservé à ce sujet une anecdote intéressante. Elle prouve que les rois de France, dans les altercations entre leurs pages, prenant fait et cause contre les Bretons, lors même que ceux-ci n’avaient pas été les agresseurs et que le sort des armes avait loyalement tranché la question, n’hésitaient pas à jeter dans la balance, pour contrepoids à l’épée du vainqueur, la hache du bourreau. Au reste, depuis la fin du seizième siècle, ils pouvaient alléguer leurs ordonnances contre le duel : dura, sed lex.

Le roi dont il va être question est Louis XIII, et non Louis XI, comme le veulent mal à propos presque toutes les versions du chant, et le héros de la ballade est François de Rosmadec, comte des Chapelles, décapité à Paris en 1627. Cette rectification est pleinement justifiée par la généalogie de la maison de Rosmadec, et par une variante de la pièce commençant ainsi :

Kont eus ar Chapel, breur ar markiz,
A zo bet dibennet e Pariz,
Abalamour d’un taol diaviz.

Le comte de la Chapelle, le frère du marquis,
a été décapité à Paris
à cause d’un coup inconsidéré.

Il était frère, en effet, de Sébastien, marquis de Rosmadec, gouverneur de Quimper.

*

Le dernier couplet fait allusion au siège si sanglant et si coûteux de La Rochelle. Commencé le 12 octobre de l’année où fut décapité François de Rosmadec, il a pu faire dire sans exagération au poète populaire que Louis XIII y perdit plus de dix mille écus et de dix mille hommes ; seulement ce ne fut point, comme il le prétend, en représailles de la condamnation du jeune page breton. Il n’est pas plus exact en assurant que la nouvelle de son échec vint au roi de chez les Normands ; mais il est possible qu’une autre version de la ballade portât Roc’helled (les Rochellois) au lieu de Normaned. Elle manque aussi d’exactitude quand elle dit que ce fut la sœur du condamné qui accourut à Paris pour demander sa grâce ; la version dont j’ai cité le début et dont je dois communication à Brizeux, fait honneur de ce dévouement à la belle-sœur à la belle-sœur du jeune pagne, à Renée de Kerhoent, dame de Bodigneau. Du reste, les belles-sœurs ont quelquefois de vrais cœurs de sœurs ; l’une d’elle l’a prouvé admirablement de nos jours (lire dans les Mémoires d’un prisonnier d’Etat, le journal émouvant de madame Pauline Andryano).

Le fief de Bodigneau passa, en 1680, dans la famille de Penfentenyo ou Cheffontaines, originaire du Léon, celle-là même où le beau-frère de la dame de Bodigneau trouva l’ami qu’il chargea de son message ; mais ce dernier n’était ni page du roi, ni Cornouaillais, quoique l’auteur de la ballade le prétende.

En replaçant celle-ci à sa vraie date, il faut nécessairement rapporter à une époque antérieure plusieurs traits caractéristiques qu’elle contient, tels que le voile sanglant, le hanap de madre et le marc d’argent de Tréguier, qui accusent une poésie évidemment beaucoup plus ancienne que le dix-septième siècle.