daskor - facebook  daskor - css

Daskor

Emgann Sant Kast

barzhaz breizh - emgann sant kast
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici les commentaires que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

Au mois de septembre 1758, les Anglais firent une descente à Saint Cast, au nord de la Bretagne. Cette expédition se liait à un vaste plan dont l’objet principal était d’assurer à l’Angleterre la navigation de la Manche, et d’opérer une diversion en faveur des armées d’Allemagne, ses alliées, en alarmant la France et en l’obligeant à employer des troupes considérables à la défense de ses côtes. la défaite du général Bligh et des huit mille hommes qu’il commandait, dont trois mille furent tués ou pris par le général Morel d’Aubigny, de la noble famille normande de ce nom, fit abandonner le système d’invasion (Smollett, History of England, p. 673 et 682).

Le combat de Saint Vast donna lieu à un événement peut-être unique dans les annales de la guerre. « Une compagnie de Bas-Bretons des environs de Tréguier et de Saint Pol-de-Léon, dit le petit-fils d’un témoin oculaire (Combat de Saint Cast, par M. de Saint-Pern Couelan (1836), p. 50 et 51), marchait pour combattre un détachement de montagnard gallois de l’armée anglaise, qui s’avançait à quelque distance du lieu du combat en chantant un air national, quand tout-à-coup les Bretons de l’armée française s’arrêtèrent stupéfaits : cet air était un de ceux qui tous les jours retentissaient dans les bruyères de la Bretagne. Électrisés par des accents qui parlaient à leur cœur, ils cédèrent à l’enthousiasme, et entonnèrent le refrain patriotique ; les Gallois, à leur tour, restèrent immobiles. Les officiers de deux troupes commandèrent le feu ; mais c’était dans la même langue, et leurs soldats semblaient pétrifiés. Cette hésitation ne dura pourtant qu’un moment ; l’émotion l’emporta bientôt sur la discipline : les armes tombèrent des mains, et les descendants des vieux Celtes renouvelèrent sur le champ de bataille les liens de fraternité qui unissaient jadis leurs pères.
« Sans oser garantir le fait, ajoute M. de Saint-Pern, nous déclarons qu’il nous a été raconté par plusieurs personnes dont l’opinion peut faire autorité, et qu’il est traditionnel dans le pays. » Le chant qu’on va lire le confirme.

*

Si l’on croyait le poète populaire, ce seraient les Bretons d’Armorique qui auraient marché au combat en chantant, et l’air ainsi que les paroles de leur chant qui auraient fait tomber les armes des mains de leurs frères les Gallois. On choisira entre la tradition recueillie par M. de Saint-Pern et celle de l’auteur breton. Mais ce qu’il y a de très remarquable, c’est que l’air du Combat de Saint-Cast est populaire à la fois en Bretagne et dans le Pays de Galles. Les anciennes défaites des Anglais, dont le souvenir est rappelé par le poète, se rapportent aux années 1486, 1694 et 1746. Il paraîtrait, d’après lui, que les officiers anglais de la compagnie des archers gallois auraient attribué à la trahison, et non au patriotisme réveillé par l’identité de langage et d’airs nationaux, le refus de marcher de leurs soldats. Faut-il croire que cette détermination décida les ennemis à fuir ? Cela n’est guère probable ; mais l’armée française et la marée montante concurrurent bien certainement à les empêcher de regagner leurs vaisseaux, et la plupart furent faits prisonniers. On ne dit pas si les Cambriens furent du nombre ; dans cette hypothèse, leurs frères d’Armorique auront certainement adouci leur captivité : les Gallois devaient eux-mêmes, trente-cinq ans plus tard, adoucir celle des Bretons prisonniers des Anglais.

Il y a plusieurs versions du Combat de Saint-Cast : l’une d’elles m’a été procurée par M. Joseph de Calan, arrière-neveu d’un officier breton qui était à la bataille. Je ne doute pas qu’elle ait été chantée par quelque soldat cornouaillais témoin de l’affaire. Elle le fut aussi en français par divers témoins, et inspira un sarcasme très vif au procureur général La Chalotais, à propos du duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, où ce duc n’avait pas eu l’avantage de se faire aimer. Le duc d’Aiguillon ayant assisté à la bataille de Saint-Cast du haut d’un moulin dont il avait fait son observatoire, La Chalotais s’écria : « L’armée française s’est couverte de gloire, et le duc d’Aiguillon de farine. »