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Daskor

ar C’horred

barzhaz breizh - ar c'horred (les nains)
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici un extrait des commentaires que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

Il en est des chants sur les Nains comme des chants dont les fées sont l’objet ; ils sont très rares, tandis que les traditions relatives à ces êtres surnaturels sont multipliées à l’infini. Celui que nous donnons ici revêt le plus souvent la forme d’un récit ; il a tout l’air d’une satire contre les tailleurs, cette classe vouée au ridicule en Basse-Bretagne comme dans le Pays de Galles, en Irlande, en Ecosse, en Allemagne et ailleurs, et qui l’était jadis chez toutes les nations guerrières, dont la vie agitée et errante s’accordait mal avec une existence casanière et paisible. En Basse-Bretagne on dit encore proverbialement qu’il faut neuf tailleurs pour faire un homme, et personne jamais ne prononce leur nom sans ôter son chapeau et sans ajouter : « sauf votre respect ». La Très ancienne coutume de cette province aurait pu les ranger dans la classe des « vilains natres, ou gens qui s’entremettent de vilains métiers, comme être écorcheurs de chevaux, de vile bestes, garsailles, truandailles, pendeurs de larrons, porteurs de pastez et plateaux en tavernes, crieurs de vins, poissonniers ; qui s’entremettent de ventre vilaines marchandises, et qui sont ménestriers ou vendeurs de vent ; lesquels ne sont pas dignes de eux entremettrent de droits ni de coustume. » On en jugera par le joli badinage suivant.

Une autre version de la même chanson attribue l’aventure à un certain fournier nommé Yannig an Trevoù. Plus fin que notre tailleur, en rentrant chez lui avec son trésor, il prend la précaution de couvrir de cendre et de charbons brûlants l’aire de sa maison, et quand les Nains arrivent au milieu de la nuit pour reprendre leur bien, ils se brûlent tellement les pieds qu’ils déguerpissent au plus vite, en poussant des cris effroyables, mais non sans avoir préalablement tiré vengeance du voleur, dont ils brisent toute la vaisselle ; et la chanson dit :

Chez Yannig an Trevoù, nous avons brûlé nos pieds cornus, mais fait bon marché de ses pots.

Et ti Yannig an Trevoù
Hon eus rostet hor c’harnoù
Ha graet foar gant e bodoù.

On remarquera que la chanson des Nains leur donne, entre autres noms, celui de Duz, diminutif Duzig, que portaient en Gaule ces mêmes génies du temps de Saint Augustin ; qu’elle leur assigne pour demeure, comme aux Fées, les Dolmen, et qu’elle leur fait danser en chœur une ronde infernale, dont le refrain est toujours : « Lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi. »

Un voyageur, attiré, dit-on, dans leur cercle, trouvant le refrain monotone, et y ayant ajouté ces mots : « samedi et dimanche », ce fut parmi le peuple nain une telle explosion de trépignements, de cris et de menaces, que le pauvre homme faillit mourir de peur : on assure que s’il eût ajouté aussitôt : « et voilà la semaine terminée ! » la longue pénitence à laquelle les Nains sont condamnés aurait fini avec la chanson.

Les Nains passent pour veiller, dans leurs grottes de pierre, à la garde d’immenses trésors ; mais leur monnaie est de mauvais aloi.

Paskou-Hir, ar c’hemener,
Zo aet da ober al laer
Abardaez-noz dirgwener.

N’helle mui ober bragoù :
Aet an dud d’an armeoù
Ouzh re Vro-C’hall hag o rou’.

Aet eo tre ti ar C’horred
Gant e bal, ha da doullet
Da glask an teñzaour kuzhet.

An teñzaour mat a gavas,
Ha d’ar gêr o redek bras ;
Ha ’n e wele ’n em lakaas.

– Serrit an nor, serrit kloz !
Setu an Duzigoù noz.

– Dilun, dimeurzh, dimerc’her,
Ha diriaou ha dirgwener !

– Serrit an nor, mignoned,
Setu, setu ar C’horred !

’Maint o tont tre ’barzh ar porzh,
’Maint ennañ o tañsal forzh.

– Dilun, dimeurzh, dimerc’her
Ha diriaou ha dirgwener !

– ’Maint o pignat war da dei ;
’Maint ’ober un toull ennei.

Krapet ’out, mignonig paour,
Taol kuit buan an teñzaour.

Paskou paour, te zo lazhet !
Taol warnout dour benniget ;

Taol da liñsel war da benn ;
Paskou, ne fich ket a-grenn.

– Siwazh din ! ’maint o c’hoarzhin ;
Neb a zidec’hfe ’ve fin.

Aotroù Doue ! Setu ’nan,
E benn dre ’n toull a welan.

E zaoulagad ruz glaou-tan !
’Mañ en traoñ gant ar peulvan.

’Troù Doue ! unan, daou, tri !
Mont en-dro war al leur zi !

Lamm a reont o kounnariñ.
Taget ’on, Gwerc’hez Vari !

– Dilun, dimeurzh, dimerc’her
Ha diriaou ha dirgwener !

« Kemenerig, kemener,
Roc’hal a rez aze, lêrer !

« Kemener, kemenerig,
Tenn da fri ’maez un tammig !

« Deus da ober un dro-zañs,
Ni ’zisk’e’i dit ar c’hadañs ;

« Kemenerig, kemener !
Dilun, dimeurzh, dimerc’her.

« Deus d’hol laerezh ur wech all,
Deus, kozh kemenerig fall :

« Ni ’zisk’e’io dit ur bal
A rey da’z mell-kein strakal.
Pa’z arc’hant korr tra na dalv. »