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Daskor

ar Bugel lec’hiet

barzhaz breizh - ar bugel lec'hiet (l'enfant supposé)
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que Théodore de La Villemarqué a inséré dans le Barzhaz Breizh :

La tradition mentionnée dans ce chant, qui est encore relatif aux fées, est un des plus populaires de la Bretagne. C’est, le plus souvent, un récit en prose mêlé de couplets, forme accusant évidemment une modification postérieure. Nous avons donc recherché s’il n’existait sur le même thème aucune œuvre complètement en vers, et nous avons été assez heureux pour découvrir le précieux fragment qu’on va lire.

Une mère perd son fils ; les fées l’on dérobé en lui substituant un nain hideux. Ce nain passe pour muet, et il se garde bien, en parlant, de démentir cette opinion, car il trahirait sa voix qui est cassée comme celle d’un vieillard. Cependant il faut que la mère l’y contraigne pour ravoir son enfant. Elle feint donc de préparer à dîner dans une coque d’œuf pour dix laboureurs ; le nain étonné se récrie ; la jeune femme le fouette impitoyablement ; la fée l’entend, elle accourt pour le délivrer, et l’enfant qu’elle a dérobé est rendu à sa mère.

Dans une tradition galloise analogue, la pauvre mère, trouvant aussi un nain hideux et vorace à la place de son enfant, va consulter le sorcier, et le sorcier lui dit : « Prenez des coques d’œufs, faites semblant d’y préparer à dîner pour les moissonneurs : si le nain témoigne de l’étonnement, fouettez-le jusqu’au sang ; sa mère accourra à ses cris pour le délivrer, en vous ramenant votre enfant ; s’il n’en témoigne pas, ne lui faites aucun mal. »

La mère suit le conseil, et tandis qu’elle remplit de soupe ses coques d’œufs, elle entend le nain se parler ainsi à lui-même d’une voix cassée :

« J’ai vu le gland avant de voir le chêne ; j’ai vu l’œuf avant de voir la poule blanche : je n’ai jamais vu pareille chose. »

Tercet curieux, unique débris de je ne sais quel antique rituel, dont les vers, à trois mots et au dialecte près, cadrent exactement avec ceux de la ballade bretonne. Cela nous porte à croire que cette ballade remonte pour le fond à une époque antérieure à la séparation définitive des Bretons insulaires et des Bretons armoricains, opinion que rien ne paraît contredire, et que confirme, à notre avis, la forme ternaire des strophes, et l’allitération régulière qu’elle présente d’un bout à l’autre.

Par un hasard extraordinaire, un écrivain latin du douzième siècle (Vita Merlini Caledoniensis), l’auteur de la légende de Merlin, met les paroles que nous venons de citer dans la bouche de son barde sorcier.

« Il y a dans cette forêt, dit Merlin, un chêne chargé d’années ; je l’ai vu lorsqu’il commençait de croître... J’ai vu le gland dont il est sorti, germer et s’élever en gaule... J’ai donc vécu longtemps. »

Si cette remarquable coïncidence n’était pas l’effet du hasard, elle prouverait que l’écrivain gallois, qui faisait ainsi parler Merlin, connaissait le chant populaire, et serait pour notre ballade une nouvelle preuve d’antiquité.

Mari goant a zo keuziet ;
He Loig ker he deus kollet ;
Gant ar Gorrigan emañ aet.

– Pa’z is da vid* dour d’ar stiv,    [puñsat] 
Va Loig ’lezis er c’havell ;
Pa zeuis d’ar gêr eñ oa pell ;

Al loen-mañ en e lec’h laket,
E veg ken du hag un touseg,
A graf*, a beg, hep ger ebet ;    [gravign]

Ha bronn bepred ’mañ ’klask kaouet*,    [kaout] 
Hag en e seizh vloaz emañ aet
C’hoazh n’emañ ket c’hoazh dizonet.

Gwerc’hez Vari, war ho tron erc’h,
Gant ho krouadur ’tre ho tivrec’h,
E levenez ’maoc’h, me en nec’h.

Ho mabig sakr c’hwi a viras*,    [K vires] 
Me ma hini me a gollas*.    [K golles] 
Truez ouzhin mamm a druez !

– Ma merc’h, ma merc’h, na nec’hit ket !
Ho Loig ned eo ket kollet,
Ho Loig ker a vo kavet.

Neb ’ra van virv’ e glorenn* vi    [kogenn] 
Evit dek gounideg un ti,
A lak ar c’horrig da bre’giñ*.    [prezegiñ] 

Pa ’neus prezeget flemm eñ, flemm !
Pa eo bet flemmet kent, a glemm ;
Pa eo klevet, e lamer lemm. –

– Petra ’rit-hu aze, va mamm ?
’Lavare ar c’horr gant estlamm,
Petra ’rit-hu aze, va mamm ? –

– Petra ’ran amañ va mab-me* ?    [K mi] 
Birvi a ran er bluskenn-vi,
’Vit an dek gounideg va zi. –

– ’Vit dek, mamm ger, en ur bluskenn !
’Gwelis vi kent gwelet yar wenn,
’Gwelis mez kent gwelet gwezenn.

’Gwelis mez ha ’gwelis gwial,
’Gwelis dervenn e koad Breizh all,
Biskoazh na welis kement all. –

– Re draoù a welas-te, va mab ;
Da flap ! da flip ! da flip ! da flap !
Da flip ! paotr kozh ! ha ! me da grap ! –

– ’Sko ket gantañ, lez-eñ gani[n] ;
Na ran-me droug da da hini,
Ma brenn er bro-ni ganeomp-ni. –

Mari d’ar gêr pa zistroas,
He bugel kousket a welas
En e gavell, ha sioul-aes*.    [K eas] 

Hag outañ ken kaer pa selle,
Ha da voket de’añ pa ae,
E zaoulagad a zigore.

En e gavazez* ’n em save,    [en e goazez] 
E zivrec’hig de’i ’astenne :
– Gwall-bell ’on bet kousket, mamm-le* ! –    [interjection]