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Daskor

Bleunioù mae

barzhaz breizh - bleuniou mae
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici le commentaire que La Villemarqué à inséré dans le Barzhaz Breizh :

Un poétique et gracieux usage existe sur la limite de la Cornouaille et du pays de Vannes : on sème de fleurs la couche des jeunes filles qui meurent au mois de mai. Ces prémices du printemps sont regardées comme un présage d’éternel bonheur pour celles qui peuvent en jouir, et il n’est pas une jeune malade dont les vœux ne hâtent le retour de la saison des fleurs, si les fleurs sont près d’éclore, ou l’instant de sa délivrance, si elles doivent bientôt se flétrir.

On chante en Cornouaille une élégie composée sur ce doux et triste sujet par deux sœurs paysannes, auteurs d’une chanson qu’on lira plus tard, les Hirondelles.

*

Les Bretons gallois du midi ont conservé, comme ceux de quelques cantons de la Basse-Bretagne, l’usage de semer de fleurs le lit des jeunes filles qui meurent dans le mois de mai ; cet usage doit donc remonter au cercueil des vierges celtiques. Un barde moderne y fait allusion :

« Son lit funèbre, blanc comme la neige de la montagne, fut jonché de fleurs suaves : ces témoignages de sincère amour, arrosés de larmes, l’accompagnèrent dans la tombe. »

Chaque année, au retour du printemps, les amies de celle qui a vécu ce que vivent les roses lui portent de nouvelles guirlandes. Shakespeare, auquel les traditions et les coutumes celtiques fournirent plus d’un vers charmant, a enchâssé ce dernier trait, comme un joyau, dans son drame sur le Gallois Cymbeline. Arviragus dit à Imogène :

« Tant que dureront les beaux jours et tant que je vivrai, je viendrai fidèle, parfumer ta tombe des plus belles fleurs de l’été : la fleur qui ressemble à ce qu’était ton visage, la pâle primevère, ne te manquera pas ; ni la jacinthe, azurée comme étaient tes veines, ni la feuille de l’églantier fleuri, moins embaumé que n’était ta suave haleine. »

On a rapproché, non sans raison, les Fleurs de mai de la Chute des feuilles de Millevoie, et trouvé la fraîche et douce cantilène bretonne dans le même ton. Il en naît tous les ans des milliers du même genre, et une jeune couturière de la paroisse de Guidel, où la coutume persiste plus que partout ailleurs, m’a dit avoir entendu chanter au dernier pardon de Notre-Dame des Fleurs – celui-là même où Jeff était si gaie – quelque chose de comparable à l’élégie de la pauvre enfant. Par malheur, ces ballades modernes sont presque aussi insaisissables que les notes du rossignol et le parfum des fleurs nouvelles.