Bale Arzhur

barzhaz breizh - bale arzhur (marche d'arthur)
Genre
Poetry
Language
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Notice
The spelling has been modernized, but some forms (mutations, verbal particles...) has been kept.
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

Voici le commentaire que Théodore de La Villemarqué a inséré dans le Barzhaz Breizh :

« La popularité dont jouit en Bretagne le nom d’Arthur est un des phénomènes les plus curieux de l’histoire et de la fidélité bretonne. Ce nom, primitivement porté par une divinité guerrière, le fut, au VIème siècle, par un chef illustre, mort en défendant sa patrie, et auquel on attribua plusieurs des vertus surhumaines de son homonyme adoré. Les pères invoquaient le dieu en allant au combat ; les fils chantèrent l’homme déifié, le jour de la bataille. Ni la défaite, ni l’exil ne purent faire oublier Arthur aux Bretons. Sa renommée magique, traversant la mer avec eux, reçut en Armorique une vie toute nouvelle : il y devint, comme il était dans l’île de Bretagne, un symbole armé de la liberté nationale ; et le peuple, à toutes les époques, depuis le VIème siècle jusqu’à nos jours, y répéta, en les adaptant aux circonstances, les traditions et les bardits dont il était le sujet. Ainsi, toutes les fois qu’une guerre se prépare, on voit, en signe avant-coureur, l’armée d’Arthur défiler à l’aube du jour au sommet des Montagnes Noires, et l’on y répète encore le bardit suivant, qui s’est retrouvé, après douze cents ans, dans la bouche des Bretons armés pour défendre leurs autels et leurs foyers. Je l’ai appris d’un ancien chouan de Leuhan, qui l’a souvent chanté, ma-t-il dit, en marchant à l’ennemi, dans les dernières guerres de l’Ouest.

Cette dernière strophe, dont les généreux sentiments forment un étrange disparate avec le reste de la pièce, et qui y a sans doute été ajoutée par une voix moderne, a dû contribuer à sauver de l’oubli la Marche d’Arthur. Elle était toujours répétée trois fois par les chanteurs, qu’elle enthousiasmait. Les autres ne leur offraient probablement qu’un sens vague ; la lettre et l’esprit sont si loin de la manière de parler et de penser d’aujourd’hui ! Rien n’empêche de croire, comme on l’a prétendu, que le chant a passé du dialecte cambrien dans le dialecte armoricain, au VIIème siècle, à la séparation de l’un et de l’autre peuple. La pièce offre effectivement plusieurs tournures grammaticales elliptiques, un grand nombre d’expressions étrangères au dialecte du continent, et la forme ternaire et allitérée des poèmes bardiques gallois. J’ajouterai que les connaisseurs s’accordent à trouver à la mélodie, qui est éminemment énergique et martiale, un caractère tout particulier d’antiquité. »

– Deomp, deomp, deomp, deomp, deomp, deomp, d’ar gad ?
Deomp, kar, deomp, breur, deomp, mab, deomp, tad !
Deomp ! deomp ! deomp holl ! deomp ’ta, tud vat !

Mab ar c’hadour a lavare,
’Lavare d’e dad, ur beure :
– Marc’hegerien war lein ar bre !

Marc’hegerien o vont e-biou,
Mirc’hed dindane, glas o liv,
Oc’h hinteal gant ar riv !

Stank-ha-stank, c’hwec’h-ha-c’hwec’h, e ri ;
Stank-ha-stank, e ri, tri-ha-tri ;
Mil goaf ouzh an heol o lintriñ ;

Stank-ha-stank, e ri, daou-ha-daou,
O vont da heul ar bannieloù
Hag a vrañsell glan an Ankoù.

Nav bann ronk an daou benn ane’o ;
Bagad Arzhur, he goaran, eo ;
Arzhur a-raok ’lein ar menezioù*.    [K meneo] 

– Mar ’mañ Arzhur an hini eo,
Prim d’hor gwareg ha d’hor gwall vezv* ;    [beo] 
Ha ’raok d’e heul, ha flemm ra frev !

’Oa ket e c’her laosket a-grenn,
Pa drouzkrozas ar youc’hadenn
’Hed ar menezioù penn-d’ar-benn.

– Kalon am lagad ! penn am brec’h !
Ha lazh am bloñs, ha traoñ ha krec’h !
Ha tad am mab, ha mamm am merc’h !

Marc’h am kazeg, ha mul am az !
Penn-lu am mael, ha den am gwaz !
Gwad am daeroù, ha tan am c’hwez* !    [c'hwaz] 

Ha tri am unan, evit mat !
Traoñ ha krec’h, noz-deiz, mar gell pad,
Ken a redo en traonioù gwad !

Er stourmad treuzet mar kouezhomp,
Gant hor gwad en em vadezfomp,
Ha laouen galon a varvfomp.

Mar varvfomp evel ’mañ dleet
D’ar Gristenien, d’ar Vretoned,
Morse na varvimp re abred !