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Daskor

an Alarc’h

barzhaz breizh - an alarc'h (le cygne)
Genre
Poésie
Langue
Breton
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1867
Remarques
Nous avons modernisé l’orthographe tout en conservant certaines tournures d'origine (mutations, particules verbales...).
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Voici un extrait des commentaires que Théodore de La Villemarqué a insérés dans le Barzhaz Breizh :

Charles de Blois avait péri à la bataille d’Auray (1364), et Jean de Montfort, son rival, était resté maître de la Bretagne. Mais l’amour de Jean pour les étrangers qui l’avaient aidé à conquérir le pays, l’accueil qu’il leur fit à sa cour, les faveurs dont ils les combla au préjudice des hommes nés sur le sol breton, ne tardèrent pas à soulever les passions nationales : mis en demeure par ses barons ou de chasser les Anglais de la Bretagne, ou de quitter lui-même le pays, il choisit le dernier parti, et se retira en Angleterre. Charles V crut voir dans la conduite des barons révoltés une preuve de sympathie pour la France, et voulut en profiter pour changer en pouvoir direct le droit de suzeraineté qu’il avait sur la Bretagne. Il fit donc déclarer le pays réuni à la couronne de France, et y envoya une armée pour faire exécuter l’arrêt de confiscation. Le roi s’était attendu à n’éprouver aucune résistance des Bretons : il connaissait mal cette race, toujours rebelle au joug des conquérants (« semper contumax regibus », cité par d’Argentré, Histoire de Bretagne), comme s’exprime un vieil auteur. « Se croyant déjà maître de la Bretagne, dit un poète contemporain, il avait mis sur pied d’élégantes compagnies toutes fraîches de gentils Français élégants, qui se réjouissaient à l’idée de voir les Bretons venir d’eux-mêmes se soumettre. Il pensait avoir sans débat la Bretagne et ses habitants, pour les tondre comme des moutons. Ils avaient souffert tant de maux en défendant la France contre la servitude anglaise ! ils étaient si défigurés, si balafrés, si mutilés ! Les uns étaient devenus borgnes, les autres estropiés ; la peau de leur visage était comme un écorce ; leurs habits tombaient en lambeaux ; leurs chevaux étaient morts, leur fortune perdue ; ils étaient blessé tous, mais plus blessés par devant que par derrière communément. Les Français, au contraire, étaient bien peignés ; ils avaient la peau douce et fine, et la barbe taillée en fourche ; ils ne savaient pas de rivaux pour danser en salles jonchées ; ils chantaient comme des sirènes ; ils étaient tout couverts de perles et de broderies ; ils étaient mignons et pimpants, et les Bretons, gros, lourds et sots : à l’avis de ceux-ci, cela n’importait guère. Mais quand vint le jour décisif, les Bretons, ayant tenu conseil, commencèrent à aiguiser leurs épées ; chacun cherchait et fer et bois, harnais, dague, cotte d’acier, hache, mailler ou gros bâton à tête ; chacun vendait son boeuf et sa vache pour acheter coursier ou cheval (ils craignaient tant les nouveaux maîtres !) : c’est qu’ils voulaient défendre leur liberté jusqu’à la mort !  Car la liberté est une chose délectable, elle est belle, elle est bonne, elle est profitable ! Ils avaient horreur de la servitude, quand ils voyaient comment elle régnait en France... Ils aimaient mieux mourir en guerre que de se mettre, eux et leur pays, en servitude, avec leurs descendants » (Chronique du bon roy Jehan, édit. de M. Charrière, p. 514 et passim).

Le duc Jean, rappelé d’Angleterre par ses barons, chevaliers, écuyers, bourgeois, bonnes villes et gens de commun état, s’embarqua pour venir se mettre à la tête du parti national. Son retour excité un enthousiasme tel qu’on vit paysans, bourgeois et nobles se jeter à la mer pour aller au-devant du navire qui le portait, et le vicomte de Rohan, autrefois l’ennemi le plus acharné de sa politique, chose plus incroyable encore, la veuve de Charles de Blois elle-même s’agenouiller sur la grève devant le libérateur du pays ! « Le duc, allant à eux, les releva doucement, dit le poète déjà cité ; il les embrassa en soupirant, et, saluant tout le monde, il pleura ». Puis, sans perdre de temps, et suivi désormais d’hommes nés en Bretagne, il marcha à la rencontre de l’armée ennemie (3 août 1379).

Le chant de guerre qu’on va lire, qui m’a été appris par un des compagnons de Tinténiac et de Georges Cadoudal, du village de Kerc’hoant, dans les montagnes d’Arrée, fut certainement composé pour cette circonstance.

Un alarc’h, un alarc’h tramor,
War lein tour moal kastell Arvor !

Din, din, daon ! d’an emgann ! d’an emgann !
O ! din, din, daon ! d’an emgann a an !

Neventi vat d’ar Vretoned !
Ha mallozh-ruz d’ar C’hallaoued !

Din, din, daon ! d’an emgann ! d’an emgann !
O ! din, din, daon ! d’an emgann a an !

Erru ul lestr, e pleg ar mor,
E ouelioù gwenn gantañ digor ;

Degou’et an aotroù Yann en-dro,
Degou’et eo da ziwall e vro ;

D’hon diwall diouzh ar C’hallaoued,
A vac’hont war ar Vretoned.

Ken a laosker ur youadenn,
A ra d’an aod ur grenadenn ;

Ken a son ar menezioù Laz ;
Ha ’froen ha ’drid ar gazeg c’hlas ;

Ken a gan laouen ar c’hleier,
Kant lev tro-war-dro, e pep kêr,

Deut eo an heol, deut eo an hañv ;
Deut eo en-dro an aotroù Yann !

An aotroù Yann a zo paotr mat ;
Ken prim e droad hag e lagad.

Laezh ur Vreizhadez a sunas*,    [K sunos] 
Ul laezh ken yac’h evel gwin kozh.

Luc’h a daol e c’hoaf pa ’n horell,
Ken a vrumenn an neb a sell.

Pa c’hoari kleñv*, ken kreñv e zarc’h,    [kleze] 
Ken a zaouhanter den ha marc’h.

– Darc’h ato, dalc’h mat, aotroù duk,
Dao warne ! ai ’ta ! buk o ! buk !

Neb a droc’h ’vel a droc’hez-te,
N’en deus aotroù nemet Doue !

Dalc’homp, Bretoned, dalc’homp mat !
Arsav na truez ! gwad ouzh gwad !

Itron Varia Breizh, skoaz da vro !
Fest erbedenner, fest a vo !

Darev ar foenn ; piv a falc’ho ?
Darev an ed ; piv a vedo ?

Ar foenn, an ed, piv o fako ?
Ar roue ’gav gantañ ’raio.

Dont a ray a-benn ur gaouad,
Ganbt ur falc’h arc’hant da falc’hat ;

Gant ur falc’h arc’hant er bro-ni,
Ha fant ur falz aour da vediñ.

Mar plije gant ar C’hallaoued
Daoust hag int monk ar Vretoned ?

Mar plije gant ’n aotroù roue
Daoust hag eñ eo den pe Zoue ?

Skrignañ ’ra bleizi Breizh-Izel
O klevet embann ar brezel,

O klevet ar you, a yudont :
Gant c’hwezh ar C’hallaoued a reont.

En hentoù, e-berr a welor*    [K welour] 
O redek ar gwad evel dour,

Ken ’yey ruz-glaou brusk an houidi,
Hag ar wazi gwenn o neuñviñ.

Muioc’h a dammoù goaf, e sklent*,    [a sklent] 
Eget skoultroù goude barr-went ;

Ha muioc’h a bennoù marv
Eget e karnelioù ar vro.

Paotred Gall, e-lec’h ma koue’int,
Betek deiz ar varn a c’hourv’int ;

Betek deiz ar varn hag ar fust
Gant an Trubard a ren ar rouestl*.    [K rustl] 

An diveradur eus ar gwez,
’Ray dour benniget war e vez !

Din, din, daon ! d’an emgann ! d’an emgann !
O ! din, din, daon ! d’an emgann a an !