daskor - facebook  daskor - css

Daskor

Vœu

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

C’est par un soir de mai que je voudrais mourir.
Les soirs de mai sont beaux ; la terre va fleurir ;
L’air est comme peuplé de voix inentendues,
Et l’on sent Dieu qui passe au fond des étendues,
Dans les lointains, ainsi qu’une paupière d’or,
S’abaisse le couchant sur la mer qui s’endort.
Les nuages, vêtus de gaze aux longues franges,
Glissent, furtifs et doux, et c’est comme un chœur d’anges
Qui des hauteurs du ciel descendraient vous chercher.

Le paisible angélus de quelque vieux clocher
Tinterait seul mon glas aux paroisses prochaines,
Dans les sentiers bretons pleureraient les grands chênes.
Le laboureur tardif qui s’en vient en chantant
Vers sa maison de chaume où le sommeil l’attend,
Se signerait la bouche, en fermant la barrière,
Et, sans savoir mon nom, m’enverrait sa prière.

La paix du soir invite à de vastes oublis.
En Mai, l’espace ondule, et, derrière ses plis,
On entend, on voit presque errer la grande chose ;
La pierre du tombeau n’est plus la porte close ;
Tout rassure. Et la nuit, l’auguste nuit d’été
Verse à la lèvre humaine un goût d’éternité.
L’œil qu’on ferme ici-bas là-haut s’éveille étoile ;
Le silence a chanté, l’inconnu se dévoile,
Gomme un seuil lumineux, le ciel semble s’ouvrir…
C’est par un soir de mai que je voudrais mourir