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Terre d’armor

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

C’est une terre en pierre, et qui tombe en ruine ;
C’est le cadavre épars d’un pays effondré.
Un fantôme de ciel erre, dans la bruine,
En quête d’un soleil qui s’est évaporé.

Les rochers même, au bord des mers tristes se meurent
D’un mal mystérieux, nostalgique et fatal,
Et la lumière grise a dans ses yeux qui pleurent
Le regard immolé d’une sœur d’hôpital.

Des brumes, des linceuls moisis, de longs suaires
Traînent leur deuil sinistre au flanc des vallons bas ;
Et là-haut, les Menez semblent des ossuaires,
De grands cairns entassés sur d’immenses trépas.

Plus haut encor, les bras ouverts dans les ténèbres,
Comme de grands oiseaux cloués en plein essor,
Les christs miment dans l’air, de leurs gestes funèbres,
La désolation de la terre d’Armor.

    ***

Mais voici. Le printemps a rajeuni le monde,
Et le pays croulant, soudain ressuscité,
S’éveille entre les bras de la lumière blonds,
Et l’hymne de la vie en son cœur a chanté !

La mer est toute neuve et comme adolescente,
Et, rassemblant ses flots d’un geste harmonieux
Elle se lève et marche en sa grâce puissante,
Et le ciel est plus beau, reflété dans ses yeux.

Des appels sont venus de la patrie antique.
Les rochers qui jadis furent bardes et rois,
Au souffle évocateur du renouveau celtique,
Sentent vibrer en eux les harpes d’autrefois.

Les brumes qui stagnaient, mornes, au ras des plaines,
Se gonflent dans l’espace en chatoyants tissus.
Voiles aériens d’un chœur de Madeleines
Qui viennent, dans l’azur, de voir monter Jésus.

Et, sur la proue en fleurs d’un vaisseau de nuages,
S’avance l’astre-dieu, le soleil aux doigts d’or ;
Et la jeune saison suspend ses clairs feuillages
Au front rasséréné de la Terre d’Armor,