la Source enchantée

Rumm
Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Treuzskrivañ
Sébastien Marineau
En hevelep levr :

    À Madame Collier,

J’errais dans la montagne un jour de chaleur grande,
Une source s’offrit, claire, parmi des houx.
Comme les chevaliers dont parle la légende
Pour boire dans ma main je me mis à genoux.

Quelqu’une qui paissait un troupeau dans la lande
Me cria, mais hélas ! Trop tard : «  Malheur à vous ! »
J’avais bu, sans savoir, l’eau de Brocéliande,
Ma lèvre en a gardé l’impérissable goût.

Et je vais, depuis lors, indifférent aux choses
Qui font les hommes gais ou qui les font moroses,
La source fée en moi luit sous les arbres verts ;

Je suis le prisonnier de son eau diaphane,
Et je ne sais plus rien de l’immense univers
Que le reflet changeant des yeux de Viviane.