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Daskor

Nos morts

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

    À Gabriel Monod

A quoi bon dire les vivants
Puisque nous sommes ceux qui meurent ?
Oh ! la triste chanson des vents !…
Où vont les morts que nos yeux pleurent ?

Nul, en ce voyage qu’ils font,
Ne marche près d’eux côte à côte :
Le sol de la terre est profond,
Et la voûte des cieux est haute !

Le fossoyeur creuse le trou ;
Sur le cercueil la terre tombe.
Le prêtre, dit-on, sait par où
Le mort s’affranchit de la tombe.

O mes morts, ô mes morts aimés,
Si pourtant vos yeux sous la terre
Devaient toujours rester fermés
Et vos lèvres toujours se taire ! …

Mais non, vous êtes parmi nous,
C’est vous qu’on voit, – âmes fanées, –
Qu’on voit s’accroupir à genoux
Dans les maisons abandonnées.

Nous vous nommons de noms divers,
Vous peuplez le temps et l’espace,
Vous êtes l’odeur des foins verts
Et le sanglot du vent qui passe.

Quand les vivants, hommes de bruit,
Ont clos leurs yeux sur leur journée,
Vous vous levez avec la nuit
Pour quelque tâche interminée.

La lune, veilleuse des morts,
Au plafond du ciel se balance.
Sous vos chapeaux à larges bords,
Vous peinez, hommes du silence.

Des passants vous ont reconnus,
Des passants tardifs, à la brune,
Ont vu pleurer sur vos pieds nus
Les larmes blanches de la lune !

Vous êtes ceux qu’on n’entend pas,
La muette chanson des choses,
Et l’on se prend à parler bas,
Quand vous frôlez les portes closes.