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Daskor

la Lépreuse

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Monna Keryvel met pour aller paître,
Pour aller, aux champs, paître ses brebis,
Avec sa croix d’or qu’a bénite un prêtre,
Monna Keryvel met ses beaux habits.

Un doux cavalier s’en vient d’aventure :
Il a « bonjouré » Monna Keryvel,
C’est un fils de noble, à voir sa monture,
Et son parler fin sent l’odeur de miel.

Monna Keryvel n’a su que répondre
Au doux cavalier qui la bonjoura ;
Mais son joli cœur s’est mis à se fondre,
Monna Keryvel demain pleurera .

Le cœur qui se fond en larmes ruisselle…
Le vent de la nuit traverse les cieux.
Quand le cavalier repartit en selle,
Le cœur de Monna pleurait dans ses yeux.

    ****

A l’aube, le coq a chanté l’aubade :
Monna Keryvel à sa mère a dit :
– L’enfant de ma mère a le cœur malade
Et le mal qu’elle a, c’est le « mal maudit ».

– Monna, n’en ayez angoisse trop grande,
On vous bâtira, pour y demeurer,
Une maison neuve, au haut de la lande,
Où vous pourrez, seule, en secret pleurer.

Vous pourrez pleurer dans la maison neuve,
La nuit et le jour, été comme hiver ;
Et les gens croiront que c’est une veuve
Pleurant son marin qui mourut en mer.

– Dans la Lande-Haute, il fera bien triste.
Donnez-moi du moins, en l’honneur de Dieu,
Servante ou valet, quelqu’un qui m’assiste
Pour laver mon linge et souffler mon feu.

– Monna, vous n’aurez valet ni servante.
Dans la maison neuve, hélas ! vous vivrez,
Seule avec le vent, le vent dur qui vente
Sur la Lande-Haute au pays d’Arez.

    ****

Monna Keryvel, de la Lande-Haute,
Fais-toi belle et mets ta croix à ton cou ;
Un cavalier doux a grimpé la côte…
Mais c’est l’épouseur des mortes, l’Ankou !