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Daskor

les Hantises

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Calmann-Lévy, 1901
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

    Il vente !
C’est le vent de la mer qui nous tourmente…

    Chanson des matelots de Groix

Il vente, il vente affreusement !…
    La mer entière
N’est plus qu’un long gémissement
Qui monterait d un cimetière.

Il vente, il vente ! Aux foyers clos
    On croit entendre
Passer les éternels sanglots
De ceux qu’on s’est lassé d’attendre.

Il vente, il vente ! Et, dans leurs draps,
    Les épousées
Se sentent par d’humides bras
D’une étreinte moite enlacées.

Il vente, il vente ! Sur leurs corps
    De chair vivante,
Les caresses des baisers morts
Courent en frissons d’épouvante.

Il vente, il vente ! Le vieux lit
    Craque et murmure ;
Une odeur acre le remplit.
Odeur de mort ou de saumure !

Il vente, il vente ! Des yeux verts
    Luisent dans l’ombre,
Des yeux à tout jamais ouverts,
En qui se figea la mer sombre.

Il vente, il vente ! Le regard
    De ces yeux vagues
Qui ne regardent nulle part
A le glauque infini des vagues.

Il vente, il vente ! La chanson
    Des âmes mortes
Fait geindre toute la maison
Et miauler le gond des portes.

Oh ! le vent, le lourd vent d’hiver
    Tout chargé d’âmes !…
Ceux qui se sont noyés en mer
Ne laissent plus dormir leurs femmes.